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Une étape longue. Une de plus.

Par Gaël Couturier, photos © Marathon des Sables
La longue étape est la plus redoutée du Marathon Des Sables. Longue de 86 km cette année, elle a laissé un peu moins de 30 concurrents au tapis. Un massacre ? Non. La routine plutôt.
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4

4ème étape entre hier et aujourd’hui

Pour la “longue”, la longue étape, nous sommes partis mercredi, les premiers ont mis 8h et des poussières et moi…environs 30h. Un peu moins. Bon. On s’en fout. Au moment où j’écris ce papier, jeudi soir 19h locale, le dernier concurrent vient d’ailleurs de passer la ligne, après presque 35h d’efforts non-stop lui. C’est un anglais d’un certain âge. Respect Monsieur !

Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4

La longue étape révèle les caractères.

Je suis un peu à court de mots. Fatigué, les jambes plus que fébriles, les pieds qui commencent à crier « au meurtre ». Le reste suit. La tête est sereine, pleine de belles images. Je jubile d’être ici, je passe un moment formidable. Quand même : quelle chance ! Toutefois, je ne peux quand même pas m’empêcher d’avoir envie d’en finir. Je commence à avoir des ampoules, une et demi pour le moment. C’est mauvais signe, signe que mon corps craque peu à peu, que ma tête baisse, que la fatigue gagne du terrain.

J’ai croisé des concurrents anglais ce matin. Nous avons échangé quelques mots dans un bivouac, autrement dit un ravito’ ou un bivouac. La tête n’y était plus pour eux, c’était net. L’un d’entre eux m’a dit : « J’ai fait 20 ans d’armée anglaise et je n’ai jamais rien fait d’aussi dur. Là, vraiment, j’en ai marre, je ne reviendrai jamais, j’ai vraiment hâte que cela se termine ». Sur le moment je n’étais pas du tout d’accord. Maintenant, même si je tombe de sommeil,  je suis toujours globalement contre.

Le charme du Marathon Des Sables se révèle surtout quand on arrive à tenir, à enchaîner les étapes, à rejoindre chaque jour le camp de base à temps, à ne pas craquer. C’est justement dans cette résistance que se trouve une bonne part du plaisir. Les paysages, oui. Les copains, oui. Le silence, la nature, les insectes qui piquent ou qui mordent et que vous ne connaissiez pas, qui vous frôlent et qui peuvent vous faire peur, oui. Mais la résistance surtout. La résistance à tout. Elle n’appartient qu’à vous, et personne ne peut vous la prendre.

Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4

C’est l’acceptation de la souffrance qui fait le cœur du MDS.

 

On aime ou on n’aime pas. On y prend goût. Ou pas. Hier soir, une fois la nuit tombée, alors que le vent commençait à souffler, le sable volant de partout, j’ai pris beaucoup de plaisir. Un peu de douleur aussi. Je me suis même demandé si on ne m’avait pas fait un shoot de drogue sans m’en apercevoir. Mais non. Quel pied ! J’étais conquérant, invincible, concentré, heureux. Du Depeche Mode, du Gainsbourg, et du Metallica dans les oreilles (on a l’éclectisme qu’on mérite), mon masque de moto-cross Oakley sur les yeux, je me suis vraiment fait plaisir pendant quelques heures. Après, bien sûr, c’était moins bien. Au 2/3 du parcours, je me suis couché. J’ai passé la nuit en plein désert, sous une tente berbère à un check-point avec des inconnus et le lendemain, aujourd’hui donc, je suis reparti en claudiquant comme un damné pendant quasi 9h, croisant au passage ceux qui survivent difficilement à cette épreuve : une japonaise en fraise tagada (véridique), un japonais en claquette en bois, deux grosses anglaises rigolotes et nourries au pudding, quelques boiteux aux pieds défoncés, des retardataires, des marcheurs, des gens bien sympathiques contents d’échanger quelques mots, des encouragements, un sourire, une main tendue, une tape amicale dans le dos.

 

Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4

Il reste l’étape marathon maintenant.

Les ténors de déçoivent pas, les deux frères Marocain Rachid et Mohamed El Moranity sont largement en tête. A moins d’un drame, d’un véritable assassinat, ils ne seront pas rejoints. Chez les femmes, mon Américaine de chez Hoka One One, Magdalena Boulet, d’origine Polonaise, a fait des étincelles et distancé pour de bon ses jeunes poursuivantes, dont la poupée russe Natalia Sedykh. Magda est 11eme au général. Une sacrée performance !

Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4

Je suis un peu triste de quitter ma petite troupe.

Ça sent la fin quand même maintenant ce Marathon Des Sables. Ma tente américano-canadienne est assez rock’n’Roll. Nous avons d’ailleurs vu l’arrivée d’une autre jeune femme, Emily Kratz, athlète Patagonia si je ne m’abuse. Elle est 44 au classement général. Elle avait atterri dans une tente d’espagnol. On est désormais 9 au lieu de 8. On se serre. Deux jeunes et jolies élites féminines américaines dans sa tente, ça ne se refuse pas. Même si Emily fait un peu sa diva trop gâtée. Passons. Demain c’est jour de gloire. Le marathon ! Un 42,195 de plus dans la plus pure tradition du hors-stade. Ce foutu sable en plus. Allez. On s’en fout. Car quand on aime on ne compte pas.

#mdsforever

Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4
Marathon des Sables 2018 : étape 4

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