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Freedom fighter

Texte & photos par Gaël Couturier, Altra running.

Poids 232g (H) et 184g (F). Hauteur 25 mm (drop d’environs 0 mm). 140 euros. Pour des profils de coureurs dont la foulée neutre ne nécessite absolument pas de renforts contre l’hyper pronation et qui sont à la recherche d’une des plus confortables paires de chaussures du moment, presque une chaussette.

Altra Escalante, freedom fighter

Bon, je le reconnais, le principe de cette rubrique est de présenter des objets du running envers lesquels je voue une adoration presque sans bornes. Précisons quand même que je reste toujours dans les limites de la déontologie journalistique car je n’ai absolument aucune pression particulière d’aucune sorte – ni marque ni boss ni dieu ni maître – pour faire l’éloge de tel ou tel produit. C’est important de l’écrire.

J’ai longtemps pensé qu’Altra, la marque qui nous vient de l’Ouest Américain d’un Utah sous le soleil et de ses Mormons businessmen, et nomme toutes ses chaussures selon un monument géographique local, incarnait le renouveau de la californienne Montrail : c’est à dire une marque totalement destinée à la pratique du trail running. Et puis, parce que j’aime les épopées de dingues et les fous furieux qui sévissent sur notre planète running, j’ai un jour suivi sur le net les pérégrinations de James Lawrence, alias Iron Cowboy. James est un quadra, athlète Altra et un père de famille qui a réussi en 2015 l’exploit de faire 50 triathlons Ironman en 50 jours consécutifs dans les 50 états américains (voir : http://fitwild.com/news/irondad-ironcowboy). Après ça, on se dit vraiment que rien n’est impossible. Joli coup de pub pour la marque au passage et histoire au demeurant tout à fait passionnante.

Grâce à ce triathlète hors norme, j’ai donc découvert qu’Altra était une marque de chaussures de running globale : tout autant trail que route donc, et au final même plutôt route que trail. Ce qui m’avait un moment perdu est le fait que la marque est toujours dans le top 3 des chaussures les plus portées sur les ultra trails américains et qu’elle équipe aussi une fois sur trois ses vainqueurs. Troublant. Il est donc grand temps d’attirer ici bas l’attention sur cette nouvelle marque qui fait un véritable carton.

J’avais pour ma part déjà adopté le principe de ces avants-pieds plus larges parce qu’ils m’avaient libéré de mes problèmes répétés d’ampoules et j’appréciais aussi le « zero drop », moi qui suit également un fan de Newton, pour une foulée plus naturelle et moins traumatisante.

Précisons une chose : des mesures précises montrent que le drop des chaussures Altra est rarement égal à zéro mais se situe plutôt entre 0 et moins de 2 mm. Pour la marque, les bénéfices du « zero drop » sont évidents : une chaussure plus équilibrée, une posture mieux alignée des pieds aux épaules en passant par le dos, des impacts moindres car c’est l’arche du pied qui amortit naturellement la foulée et non un système d’amorti talon artificiel (un gel, une vague, une mousse, de l’air encapsulé…). Toujours selon la marque, les avantages d’un avant-pied bien larges sont : plus de liberté aux orteils ce qui permet de mieux résister aux impacts, produire plus de force, mieux se détendre et stabiliser le pied en réduisant la pronation excessive.

En ce qui me concerne, ce discours me semble tenir la route. C’est le cas de le dire. Après des 100 km de Millau douloureux il y a plus de 10 ans, un genoux en vrac et un médecin du sport un peu neuneu qui me demande d’arrêter la course à pied, j’ai peu a peu fait évoluer ma foulée vers une attaque médio-pied et, malgré les courses, malgré les km, malgré parfois des tendons d’Achilles légèrement douloureux, je ne me suis plus jamais blessé. Donc oui, c’est vrai, je suis assez fan d’Altra, d’autant qu’elle parvient étonnamment toujours à me surprendre avec des modèles innovants à la fois extrêmement confortables et délicieusement techniques – pour les couleurs et le design externe, c’est autre chose et pas toujours du meilleur goût même si mes p’tits Mormons chéris ont bien fait des progrès – cette Escalante en est la preuve. Notez que les fondateurs de la marque (vite rachetée par Icon Health & Fitness) Golden Harper et Brian Beckstead sont des garçons charmants, détendus, heureux, bien dans leurs peaux et coureurs à pied de talent. Je les ai rencontrés, interviewés plusieurs fois. Ce sont de vrais coureurs, des passionnés, comme vous et moi.

Cette Escalante n’échappe donc pas aux deux règles que je viens d’énoncer : avant-pieds plus larges et  « zero drop ». Mieux : elle est clairement une des 2-3 meilleures chaussures de running route de ce printemps-été, pour affronter sans peur des distances de 10 km au marathon, voire plus. Son nom, selon la marque, est celui d’une rivière sinueuse au milieu de canyons en Utah, état réputé pour la beauté mais aussi la diversité de ses paysages de cow-boy, qui a inspiré ses créateurs responsables du mesh en maille tissée. Bon, ça c’est pour le marketing car entre nous ce «  knit » est à peu près le même que celui de Nike ou Skechers. Comme quoi cette nouvelle matière merveilleusement douce au pied en forme de tissu cousu n’appartient pas à la marque à virgule de Portland comme on aurait pu le croire un temps vu qu’elle a été la première à la commercialiser et qui doit sans doute regretter de ne pas avoir déposé un brevet pour en conserver l’exclusivité. Passons.

Tige

C’est le morceau de bravoure de cette Escalante !

Ce qui frappe d’entrée sur ce modèle c’est sa simplicité, son minimalisme, apparent tout du moins. Sa structure est en effet plutôt simple. Composé d’un seul mesh stretch, ce « knit » très doux entoure à 360 degrés le pied selon trois ou quatre maillages et renforts différents. En bref, et pour schématiser, disons que l’Escalante est la réponse d’Altra à la Free de Nike. On s’en rend très bien compte sur certaines photos. Regardez bien.

A l’avant de cette Escalante, sur le dessus du pied, le mesh est donc très souple et laisse ainsi tout l’espace nécessaire à vos pieds pour vivre leur vie et pouvoir s’étendre comme bon leur semble. Je note quand même que pour ceux qui n’ont jamais porté d’Altra, la sensation peut dérouter : le pied est si libre qu’il peut paraître, lors des premières minutes, et à tord, sans contrôle. L’effet Altra demande toujours un peu d’adaptation mais cette chaussure en est le paroxysme. Notez que ce n’est pas de la faute d’Altra : c’est de la faute aux autres marques qui nous enferment les pieds depuis des décennies dans des chaussures construites sur des moules qui ne nous correspondent souvent pas – du tout !

Le long du pied, à l’intérieur et au niveau des logos Altra en noir et blanc, l’affaire se corse. Altra a collé comme une bande de tissu renforcé adhésive, là encore stretch mais sacrément renforcée. Elle court de la semelle intermédiaire aux lacets et, oui, c’est grâce à elle que le pied est tenu bien en place lors de votre foulée. Toute la beauté du système tient une fois de plus dans sa légèreté et sa souplesse, ne remettant donc à aucun moment en question la philosophie du modèle. Une bien belle technique donc.

Sur le bout de l’avant-pied et au niveau des lacets, ce mesh en tissu cousu ou tressé se durcit un peu. Le but est de protéger le pied au cas où il buterait sur quelque chose et le maintenir bien en place avec des lacets qui ne bougent pas. Je dois quand même avouer avoir souvent eu à resserrer les lacets une seconde fois après avoir fait quelques pas dans la rue. Comme je l’ai dit plus haut, cette chaussure vous laisse vraiment libre et son maintien diffère de tout ce que vous avez pu connaître auparavant. Pas de panique : c’est normal ! La languette est quant à elle particulièrement légère, fine et ultra souple. Autant dire que vous ne la sentez pas.

A l’arrière et autour du talon une structure un peu plus renforcée mais surtout très douce là encore très souple qui réussit à maintenir le pied sans le contraindre ou le serrer. Le collier de serrage de la cheville est assez épais. Il s’étend non seulement jusqu’aux premiers œillets des lacets mais descend aussi très bas au niveau du tendons d’Achille.

Semelle intermédiaire

Les affaires se compliquent. En effet, pas facile d’avoir les bonnes infos sur sa structure en « EGO », la matière amortissante et dynamique qui n’est pas sans rappeler le Boost d’Adidas, un TPU (thermoplastic polyurethane) capable de reprendre sa forme initiale un très grand nombre de fois. Les designers d’Altra expliquent : « L’EGO est un mélange de plusieurs matières. La raison pour laquelle nous avons préféré un mélange à une structure pure et unique c’est pour pouvoir bénéficier des avantages d’un mix. Le mélange que nous avons réussi à créer est dynamique mais souple. Il est aussi plus résistant qu’un caoutchouc EVA classique et ne subit pas d’altération selon les variations de températures, même les plus extrêmes, et offre donc une résistance au temps plus grande que la normale ».

Quoi qu’il en soit, l’épaisseur de la semelle se situe entre celle de la Torin 2.5 (hauteur de semelle de 29,1 sous l’avant-pied et 29,2 mm au talon – drop de 0,1 mm) et celle de l’Instinct 4.0 (hauteur de semelle de 25,5 sous l’avant-pied et 25,8 mm au talon – drop de 0.3 mm), deux autres modèles phares pour la route made in Utah / Altra.

Pour ma part, j’ai constaté un bel effet de rebond. La chaussure n’est pas du tout ferme sous le pied, mais elle n’est pas molle non plus et vous n’avez jamais la désagréable sensation de vous y enfoncer pour rien. C’est assez difficile à expliquer car cela ne ressemble tout bonnement à rien d’autre sur le marché.

Semelle externe

Pas trop de surprise de ce côté-là si ce n’est que je doute de sa résistance à l’usure. On ne peut toutefois pas tout avoir : une chaussure ultra-light et une semelle de Humvee prête à aller faire la guerre. Fidèle à son gimmick de design de semelle, Altra a conservé son dessin en forme de pied humain et disposé les renforts aux endroits les plus susceptibles d’être abimés par vos foulées. Le matériau utilisé est suffisamment souple pour ne pas du tout gêner l’effet dynamisant de l’ensemble.

Conclusion

Une belle semelle, un beau produit, une chaussure formidable. CQFD.  L’Escalante est en effet une chaussure très douce qui réussit le tour de force de rester dynamique, performante et protectrice. Une valeur sûre, une référence qui va marquer le marché du running pour toujours tant elle libère le pied, et les foulées.

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1 Commentaire

  1. Laurent d

    Super topo, merci !

    Réponse

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