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La Cascadia est morte, vive la Caldera !

Texte Frédéric Sultana & Gaël Couturier. Photos Frédéric Sultana.

283,5g (H) et 235g (F). Hauteur talon de 34 mm (H) et 30,9 mm (F), hauteur avant-pied / métatarses de 28,1 mm (H) et 25,8 mm (F). Drop de 5,9 mm (H) et 5,1 mm (F). 140€.

La Caldera remplacera-t-elle la mythique Cascadia ? La nouvelle chaussure de trail de Brooks est la petite sœur de la Cascadia, un modèle qui a fait ses preuves et a séduit la grande majorité de ceux qui l’ont choisie. La Caldera est donc attendue avec un haut niveau d’exigence. Il est toujours plus difficile d’apporter satisfaction dans ce contexte. La Caldera devra donc être meilleure pour réussir.

Dans un premier temps, j’ai testé les Caldera chez moi avec des entraînements autour de Toulon (83) sur des parcours de trail techniques, avec beaucoup de dénivelé, des sentiers accidentés et pierreux. Une fois chaussées, elles sont tout de suite très confortables. Elles sont plus amortissantes que les Cascadia mais possèdent également un drop réduit, ce qui suit de près la tendance actuelle des chaussures de trail.

La tige

La tige en mesh est double et sans coutures. L’ensemble est large, mais ce n’est pas comparable à une Altra, je le précise : c’est large mais vos pieds n’y nagent pas non plus. Question de goût sans doute. L’absence de couture (aucune couture, vraiment ! On peut féliciter les designers américains ) et du maintien théorique qui en découle est largement et très habilement compensé par des bandes de renfort à même le mesh à l’extérieur comme cela se fait beaucoup désormais. Celles-ci sont directement reliées aux lacets, ce qui amène une efficacité sans comparaison au niveau du médio-pied. Le pied est à priori bien tenu. A priori seulement. En effet, après un échauffement enthousiaste où les sensations étaient bonnes, je me suis tordu la cheville sur ma jambe d’appel. Le chemin était plat et la vitesse peu élevée. Heureusement, le traumatisme était léger. J’ai donc pu poursuivre sans encombre mais avec un état de vigilance accru pour garder des appuis solides et éviter de me blesser. Ça démarrait mal ! Mais il est trop facile d’incriminer la chaussure destinée aux coureurs à la foulée universelle. Je n’ai en effet peut-être pas été assez attentif… Malgré des renforts tout autour de la chaussure contre la boue et l’eau, l’ensemble n’est pas imperméable. J’ai pu m’en apercevoir lors d’une course sur sentier ponctué de flaques d’eau. Par contre, la terre, les petits morceaux de bois et de pierre ne rentrent pas, d’autant que la languette est attachée bien haute (4ème oeillet).

Semelle intermédiaire

Deux jours après mon premier accident léger, je repartais sur le même parcours, confiant, avec mes nouvelles Caldera et cette semelle plus épaisse que la moyenne mais qui n’est pas non plus du type XXL ou oversize, loin de là. Celle-ci est neutre, ne cherche pas à compenser ou corriger une éventuelle hyper-pronation et se compose d’un mélange de gel (appelé ADN par Brooks) et de mousse BioMogo, le concept de Brooks. Après un bon échauffement, j’ai accéléré le train pour durcir les conditions de test. Cette fois-ci, c’est en montée que mon autre cheville a lâché alors que l’appui ne présentait pas de risque particulier. En montée et avec une vitesse modérée, j’ai poursuivi mon entraînement. Ces deux mésaventures conduisent à s’interroger sur la stabilité de la chaussure – et du coureur. En matière d’équilibre, les deux sont en effet concernés. Dans les deux circonstances, les appuis et l’accroche de la chaussure étaient solides et les vitesses étaient relativement peu élevées. J’explique donc ces déséquilibres par une importante modification de ma posture induite par une semelle plus épaisse et un drop plus faible des Caldera par rapport à mes chaussures habituelles. J’ai bien sûr ensuite continué à les utiliser et, en gagnant en assurance au fur et à mesure, j’ai pu m’approprier les chaussures et oublier le risque de blessure qui aurait pu devenir bloquant. J’en conclus donc que les Caldera nécessitent un apprentissage et un temps de prise en « pied » avant de pouvoir en tirer le meilleur. Ceci doit être d’autant plus vrai lorsque l’on est un coureur âgé.

Rien ne vaut l’épreuve de la compétition pour tester en conditions réalistes les chaussures. L’occasion d’un triathlon type Xterra s’est présentée. Avec une dizaine de kilomètres de trail pour finir, le parcours se prêtait bien pour tester les qualités dynamiques de ce modèle : varié avec des portions roulantes comportant des flaques d’eau boueuses, des ascensions et des descentes techniques mais aussi des franchissements d’obstacles sans oublier une belle averse qui avait préparé le terrain pendant la nuit. N’ayant pas eu besoin d’utiliser des guêtres, je n’ai pas testé le dispositif d’attache-guêtres intégré qui équipe pourtant élégamment ces chaussures afin d’en assurer le maintien pendant les trails de longue durée. A noter que la chaussure ne comporte pas de plaque anti-pierres, ce qui explique son côté moelleux, souple, bien agréable malgré son épaisseur relativement importante qui va donc justement vous protéger des objets pointus sur lesquels vous pourriez être amené à poser le pied. Enfin, je note un léger rocker sur la semelle, c’est à dire que les bouts de l’avant-pied et du talon remontent et donnent ainsi une forme de banane à l’ensemble, ce qui aide théoriquement au déroulé de votre foulée si vous attaquez par le talon ou même le médio-pied.

Pour visualiser les qualités dynamiques de la semelle, je vous propose de jeter un œil sur les courbes de restitutions des données biomécaniques de ma course en fonction du profil de l’épreuve. C’est la Figure 1 : Enregistrement de données biomécaniques lors d’un trail – Mise en évidence des qualités de restitution de l’énergie élastique en descente de Caldera.

Il est flagrant sur ces courbes qu’à cadence élevée en descente les temps de contact au sol sont très faibles et souvent inférieurs 180 millisecondes. A l’évidence, la semelle de cette chaussure permet une bonne restitution de l’énergie élastique disponible lors des descentes. Dès que l’on peut cadencer en descente, les Caldera répondent idéalement et le gel ADN positionné sous le talon semble bien y contribuer. Lors des montées, l’excentricité de l’effort musculaire est moins prononcée et les appuis plus solides, ce n’est pas dans ces phases que les dynamiques de la chaussure peuvent être exploitées.

Pour compléter les tests sur les aspects biomécaniques, j’ai testé mes Caldera sur un chemin plat à deux allures (Figure 2 : données biomécaniques à 15 et 16 km/h) et j’ai comparé les données avec les enregistrements effectués dans les mêmes conditions avec d’autres chaussures de trail (Figure 3 : données biomécaniques à 15 et 16 km/h avec autre chaussure). On peut distinguer qu’à allure et cadence similaires, les valeurs des oscillations verticales et des temps de contact au sol sont inférieures pour la Caldera par rapport à ma chaussure témoin. Autour de 15 km/h, l’oscillation verticale est proche de 7 cm pour la Caldera (Vs 7,5 cm pour les autres chaussures) et les temps de contact au sol de 230 ms (Vs 250 ms). Autour de 16 km/h, les valeurs diffèrent dans le même sens : l’oscillation verticale est proche de 6,8 cm pour la Caldera (Vs 7,5 cm) et les temps de contact au sol de 200 ms (Vs 220 ms). On peut raisonnablement en conclure que la semelle associant un mélange de gel ADN et de mousse BioMogo est une réussite. Pour la performance, elle est au top ! Il sera donc difficile en cas de défaillance en compétition d’évoquer une chaussure qui n’est pas au niveau…

Semelle externe

Coté accroche, je me suis senti en sécurité même sur les parties pierreuses et humides. Les zones boueuses ont été franchies sans glissade. Si certains avaient des doutes, ses crampons sont en effet bien courts, la Caldera accroche bien sur tous types de terrain. Ces crampons multi-directionnels sont donc parfaitement bien calibrés et le caoutchouc utilisé est très efficace.

En ce qui concerne les problèmes de stabilité rencontrés lors de la prise en main de la chaussure, ils ont été oubliés soit du fait des séances d’apprentissage ou d’accoutumance, soit du fait du contexte de la compétition qui permet une mobilisation maximale de toutes ses ressources cognitives.

Conclusion

Cette Caldera offre un excellent retour d’énergie lors des descentes et sur le plat. Sa nouvelle semelle intermédiaire est donc une vraie réussite car elle apporte confort, protection, amorti et dynamisme sans tomber dans la série des modèles oversize. Je crois que c’est le point fort de cette chaussure qui va beaucoup plaire et sans doute même réconcilier ceux qui n’étaient pas très Brooks jusqu’à présent. Très réactive et plutôt légère pour un modèle trail, elle n’est peut-être toutefois pas à mettre entre tous les pieds. Plutôt destinée aux coureurs compétiteurs, sur des trails courts ou rapides, elle conviendra aussi aux bons descendeurs et à ceux qui seront capables de cadencer sur le plat pour les trails plus longs. Enfin, l’accroche de la semelle est excellente. Question résistance générale, on a pu entendre quelques trailers américains se plaindre sur les réseaux sociaux après plusieurs centaines de miles courus avec mais bon, cela ne me semble pas être matière à s’inquiéter. Vous nous donnerez votre avis sur la question.

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