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Top Gun

Texte et photos d’Emmanuel Marotte & Gaël Couturier.

Compex SP8.0, 1229€, fr.compexstore.com

Courant décembre, j’ai reçu en test le modèle haut de gamme des électrostimulateurs de chez Compex, la marque suisse aux trente ans d’existence, leader mondial de l’électrostimulation et dont la raison de vivre est, c’est la marque qui parle : « d’assister le sportif dans sa performance et le soulager face à ses douleurs musculaires ». Le SP 8.0 est le plus haut de gamme de leurs produits sans fil. Il existe aujourd’hui neuf produits d’électrostimulation chez Compex, répartis en deux catégories : cinq sont rangés dans celle du « sport » et quatre dans celle du « fitness ». Vous allez le voir, dans la gamme Compex de l’électrostimulation, le SP 8.0 est de loin le produit le plus qualitatif mais c’est également le plus cher ! Après 10 ans d’utilisation plus ou moins régulière d’un bon vieux Compex Sport 3, me voilà donc particulièrement ravi de pouvoir faire un test du best of the best, la bête à concours du fabriquant, l’avion de chasse qui joue dans top gun. Je précise qu’après ce test, réalisé sur 6 semaines, j’ai rendu cette machine que n’aurait pas renié Terminator à Mr & Mme Compex.

Compex SP8.0 : unboxing

The box !

Ce SP8.0 est livré dans une sacoche de transport. Pas idiot. A l’intérieur de cette sacoche, une jolie boîte en plastique poli qui sert à ranger et charger l’ensemble. La durée de charge est de deux heures et elle permet d’utiliser l’appareil en non-stop pendant presque le double. A l’heure où un MacBook neuf se charge en moins d’une heure trente, facile, c’est assez long. Surtout que pour Gmail et Instagram le Compex, n’est-ce pas, c’est pas top. Passons. Dans la boîte, le boîtier aussi long et large qu’un téléphone portable et ces huit petits modules qui sont attachés deux à deux (je vous renvoie la photo du haut où mon ami Kilian Jornet en a positionné deux sur son mollet droit)  et servent de bases aux électrodes présentées comme suit : 2 sachets d’électrodes de 5x10 cm à deux attaches, deux sachets d’électrodes de 5x5 cm à deux attaches et 2 sachets d’électrodes 5x10cm à une attache. Il y a aussi une protection pour le boîtier ainsi qu’un câble USB.

Compex SP8.0 : prise en main

Prise en main

Belle bête ! C’est impressionnant à quel point mon vieux modèle de Compex m’apparaît soudain complètement dépassé. Ce nouveau SP8.0 est 4 fois plus petit, il n’y a plus de câble, plus de branchement par couleur…bref, rien ne dépasse, c’est design comme une voiture allemande, on dirait un robot ! Bon point ! Quand vous l’allumez, la page de vos « favoris » arrive immédiatement. J’ai le choix entre récupération, force, développer mes biceps, force explosive, sculpter mes abdos…Mouais… Là je clique sur le bouton central et les autres pages défilent : programmes, objectifs, paramètres.

La liste des programmes proposée est quasiment sans fin. 40 programmes sont répartis en 5 catégories : préparation physique, récupération et massage, antidouleur, rééducation et même fitness. Je précise qu’il n’y a pas de mode d’emploi dans la boîte. On peut s’en réjouir….ou pas. Il y a des termes que je connais, à peu près : échauffements, musculation, prévention entorse de cheville, récupération après compétition, diminution des courbatures, massage relaxant, massage régénérant, lumbago, capilarisation ou encore hypertrophie, à la limite. Et puis il y en a d’autres que je vous mets au défi de me définir, à moins bien sûr d’être un neuroscientifique réputé ou un champion de CrossFit californien ayant passé un Ph.D à Berkeley : potentiation (potentiation, vraiment ? WTF ?), épicondylite, body poser… Pour vous aider, pas de notice. Enfin si, un guide démarrage rapide en forme de petit dépliant et une « fiche d’informations importantes » qui est écrite en si petits caractères que je la referme aussitôt dans un soupir d’exaspération sans avoir eu le courage de m’y plonger. On n’est donc pas chez Apple, Steve Job n’a jamais travaillé pour Compex mais, en même temps, franchement, qui a envie de passer une heure à lire une notice aujourd’hui ? Un coup d’œil sur le site web de la marque me réconcilie tout de suite avec mon p’tit produit à 1200€ : c’est bien foutu, il y a des plans d’entraînements en rapport avec le sport que vous voulez pratiquer. Tout ça est quand même vachement intuitif. Je me remets à penser à Apple.

Iceman c’est moi

Je clique sur un programme. Une image apparaît avec l’emplacement des électrodes et le temps de travail, ou de pose. Je déroule les images pour choisir le muscle à travailler. La marche à suivre s’affiche directement sur le boîtier. Ouf ! Pas besoin d’être un geek donc. C’est vraiment hyper simple. Tout est indiqué, du placement des électrodes avec un petit dessin du corps en passant par les types d’électrodes à utiliser jusqu’à comment faire pour les brancher les unes aux autres. Je respire. Je suis serein. Val Kilmer dans son F-14 quoi. Mon programme du jour : de la force dans les cuisses. B O U M ! Je choisis donc le programme « force » et place les électrodes comme me l’indique l’écran. GO ! Comme je m’y attendais, mes muscles bougent tout seuls. Pour ceux qui seraient impressionnés par cette idée, je conseille de retourner sur le site de la marque pour voir les vidéos ou bien d’aller faire un tour sur YouTube dans la rubrique « Compex et David Copperfield ». C’est magique. Mais pas de panique, vous pouvez facilement ajuster l’intensité des sollicitations des électrodes. Le but étant de les ajuster jusqu’à « votre max supportable » comme le préconise encore la marque.

Note aux utilisateurs des anciens Compex : ce nouveau produit fonctionne sous le signe de la technologie MI, autrement dit Muscle Intelligent. Et oui ! Cela veut dire que la machine s’adapte toute seule à chacun de vos muscles en ajustant automatiquement les paramètres du stimulateur à votre physiologie. C’est non seulement plus safe mais c’est aussi plus confortable et surtout plus efficace. Seul bémol à cette affaire : si vous n’avez pas lu ce test, bon courage pour comprendre tout seul. Car une fois de plus, il m’a fallu aller voir sur le site de la marque et rechercher ce que MI voulait dire. Re-passons. On fera le bilan plus tard. Du coup, je me dis que ce système où la machine s’adapte toute seule et choisit pour vous le niveau de force des impulsions est quand même bien pensé. Last but not least, notez que si vous préférez régler vous-même le niveau de force, il suffit de désactiver cette fonction. Pratique. Personnellement, c’est en utilisant cette nouvelle machine que je me suis (enfin) rendu compte que mon ancien Compex me la faisait à l’envers et qu’il ne me disait rien du tout quand je mettais le niveau des impulsions beaucoup trop fort, c’est à dire tout le temps. Le vicieux. Je sais je sais, je suis une bête. N’empêche qu’avec ce nouveau système, après ma session de force pour gros cuissots, le lendemain, je peine à monter et descendre les escaliers. Ouch !

Pilote d’essai 2.0

Après avoir avec succès atteint la cible « grosses cuisses » liée à la fonction « autopilot » de la veille, je passe en mode récupération. Je choisis mon entraînement, le petit dessin arrive et, avec lui, le placement des électrodes. Premier problème : le schéma m’indique de placer deux grandes électrodes à une attache sur les cuisses, une en haut et une en bas. Hein ?! Quoi ?! Comment ?! Diable ! Dans la pochette à électrodes de la boîte…il n’y a qu’un jeu. Et oui car Compex ne fournit qu’un seul jeu de deux électrodes. Je me demande soudain si le produit a été fabriqué par des unijambistes mais en ce qui me concerne, j’en ai deux. Je n’ai donc pas d’autre choix que de faire la séance une jambe après l’autre. Au lieu de durer 25 min, ça me prend le double. Pas cool. Surtout pour 1200€. Cela dit, le programme fonctionne très bien. Mes cuisses retrouvent leur fraîcheur, leur sourire et moi aussi. Quelques jours plus tard, je me relance dans une séance de musculation. Une bête je vous dis. Et que la force soit avec moi. Je suis devenu le pro du sans fil, j’organise le placement super vite. Trop vite ? Je sens tout de suite une douleur désagréable sous une électrode en particulier. Comme si mon muscle était trituré en chirurgie trauma sportive mais sans anesthésie. Je débranche, déplace l’électrode et relance la machine. Même chose. Aie ! Mais ça fait mal ! Et ça m’agace. Je re-déplace l’électrode. La douleur a disparu. Même si les petits dessins sur la machine sont bien utiles pour savoir où placer les électrodes, ils ne sont malheureusement pas assez précis. A moins d’être un professeur de médecine, un kiné ou un entraîneur diplômé passé en STAPS, vous avez quand même toutes les chances de vous tromper sur le placement des électrodes et de réaliser un travail non seulement inefficace mais également douloureux et certainement plus dommageable que bénéfique. Sur le site, une fois de plus, les choses sont tout de suite plus claires : Compex vend pour 25€, un petit stylet pointeur visiblement bien pratique qui aide à caler l’outil pile à l’endroit où ça fait…du bien. Sur YouTube, on voit bien que Kilian Jornet a le même problème. La preuve, quand il utilise son SP 8.0 pour faire sa séance en mode rééducation, il est assisté d’un technicien qui l’aide à placer au mieux ses électrodes. Et oui. Mais je ne m’appelle pas Kilian Jornet et ma femme n’est pas technicienne suisse à l’hôpital. Dommage pour moi.

Conclusion

Vous l’avez compris : je ne m’appelle ni Iceman, ni Jornet. Je suis le monsieur tout le monde qui potentiellement peut investir dans ce haut de gamme de l’électrostimulation et ses 40 programmes. Mais sincèrement, à part le programme dit force et le programme dit récupération, je ne vois pas bien quels sont les autres programmes que je pourrai utiliser tout seul dans mon salon. Bon, peut-être que ma femme pourrait vouloir utiliser le programme dit fitness. Cliché. Je sais. D’autant qu’elle est en forme ma femme. Deux autres programmes me semblent dignes d’intérêt : antidouleur et rééducation. J’imagine sans mal l’utilité de l’électrostimulation dans ces deux domaines mais je ne suis en revanche pas vraiment convaincu qu’il faille s’y lancer à corps perdu, les doigts en liberté pour pianoter sur la machine, dès qu’on a des douleurs ou de la rééducation à faire. Je pense plutôt qu’il faut amener sa vieille carcasse cassée et sa nouvelle machine hi tech chez le kiné qui, s’il est digne de ce nom et de son diplôme, aura déjà la même dans son cabinet. Dernier point intéressant : vous pouvez visiblement utiliser le Compex en faisant votre séance de sport. Une fois de plus, je peux témoigner avoir vu de belles vidéos de présentation sur le web. Seul hic : vous n’avez aucune autre indication de comment procéder avec cet appareil, ni dans sa coque de rangement en plastique ni dans sa house de transport. Nada. Nothing. Niente. Nichts. La solution réside encore une fois, peut-être, sur Internet mais bon. Ça commence à faire beaucoup. Par conséquent, je pense que ce produit très haut de gamme et vraiment prometteur s’adresse principalement aux Kilian Jornet de mon quartier qui ont un entraineur et un kiné perso ou alors facilement accessibles dans leur bande de copains, ou bien encore aux mecs et aux nanas qui peuvent se le payer et veulent se faire plaisir, voire se la raconter. A force de l’utiliser, sans doute finiront-ils par exploiter toutes les subtilités de l’engin. Moi je n’y suis pas parvenu. Plutôt Goose qu’Iceman donc.

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