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A la question de savoir à quoi sert un récit de course post-event.

Par François-Xavier Gaudas, cobaye journaliste 4 fois finisher du 80 km et ses 1500m de dénivelé positif.

Ça sert à ceux qui ambitionnent de faire la course l’année prochaine et veulent se renseigner, avoir des infos, pouvoir gamberger, se préparer mentalement et physiquement, ne pas faire n’importe quoi, réfléchir, penser, se faire peur et prévoir le pire pour vivre le meilleur. Ce qui ne tue pas rend plus fort. Nous le savons tous. Notez que relire Sun Tzu peut également s’avérer utile.

Vous avez peut-être fait partie des près de 10 000 coureurs qui ont participé à une des courses de l’Eco-Trail de Paris le mois dernier. En 10 ans tout juste, l’événement est devenu une référence du calendrier trail running en Ile-de-France grâce à la diversité des distances proposées et ses engagements écologiques.

Ah l’Eco-Trail de Paris. Cet événement souffre d’un drôle de paradoxe : son succès est indéniable (encore exactement 9889 coureurs cette année) mais il est pourtant souvent critiqué -à tort- par les ‘’puristes’’ du trail car il a le malheur de se dérouler en région parisienne et de se terminer au pied de la tour Eiffel, au milieu des voitures et des touristes. Alors non, il n’y a pas de col de montagne, pas d’altitude à gérer ou de pierriers prêts à vous massacrer les chevilles à traverser, mais cela n’empêche pas ses différentes courses de permettre au plus grand nombre de s’essayer à un premier contact sur une course en nature dans d’excellentes conditions, avec une difficulté sciemment dosée et une organisation au top et qui fait ses preuves année après année. On a pas tous la chance ou le niveau pour se lancer comme ça, d’un coup, sur une 6000D à la Plagne ou un trail des Templiers à Millau. Allez, je range mon bouclier et mon armure de preux chevalier défenseur des trails opprimés, place au récit de la course.

L’Eco-Trail de Paris se compose de 7 courses différentes : la Verticale (voir plus bas) le vendredi soir, les 80, 45, 30 et 18km le samedi et les randonnées et marches nordiques le dimanche. Il y en a clairement pour tous les goûts et tous les niveaux. Je me retrouve donc en ce 18 mars 2017 sur la ligne de départ du 80km et ses 1500m de dénivelé positif, à la base de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines. Pour m’y rendre j’ai pris le train ainsi qu’une navette une fois à la gare. L’organisation offre en effet le trajet aux coureurs pour limiter l’usage de la voiture. Ce n’est pas pour rien que la course s’appelle ‘’Eco’’ héhé.

Je la connais très bien pour l’avoir terminée trois fois déjà et respecte mon rituel habituel d’avant-course : sac à la consigne, boisson chaude sous la tente avec les autres participants, écoute du discours d’avant-course par l’organisation et live avant le départ pour vous chers lecteurs.

L’ambiance est super relax, on se trouve dans un cadre idéal, les pros sont à quelques mètres à peine (coucou Emmanuel Gault) et on a droit à un petit cérémonial en soutien de la candidature de Paris à l’organisation des JO 2024 en présence de Vanessa Boslak, notre meilleure perchiste. Moment gênant au moment d’imiter la tour Eiffel avec nos mains d’ailleurs mais toujours sympa pour oublier qu’un double marathon attend nos gambettes ! Quand on regarde le peloton, il y a vraiment de tout, du vieux baroudeur au t-shirt finisher UTMB, du petit jeune novice sur la distance avec des chaussettes en coton (si si), beaucoup de femmes, quelques couples, toute une colonie de Philippins qui demandent à se faire prendre en photo… On mesure clairement la popularité de la course nature en région parisienne en jetant un œil à tous ces participants. Est-ce qu’il y aurait autant de monde si le départ était à 8h et pas à 12h15 ? Who knows.

Eco-Trail de Paris

Le parcours démarre toujours de la même manière avec un semi-marathon quasiment plat qui emmène tout ce beau monde jusqu’à Buc en courant le long du très grand étang de Saint-Quentin-en-Yvelines. Je trouve cette partie franchement morne. C’est joli mais on est vraiment beaucoup sur le sentier (plus de 2000 partants) et les montées se font clairement attendre. Je ne suis pas un coureur de plat, jetez-moi la pierre ! Une fois là-bas, c’est l’heure du premier ‘’ravito’’ avec Tucs, saucisson, Coca, eau, fruits secs… au top comme chaque année avec des bénévoles aux petits soins. Ils nous rappellent d’ailleurs tous de porter nos pochettes à déchets remises au retrait des dossards et de jeter nos emballages dans les poubelles à recyclage donc gros like de ma part pour cette nouvelle attention envers la nature.

Les conditions sont très bonnes, une douzaine de degrés, ce qui facilite certaines extravagances comme ce coureur déguisé en détenu, boulet à la main. Pas le temps de sortir le téléphone pour le photographier, il allait trop vite !

La deuxième partie se corse avec enfin les premières vraies montées au travers des Bois de la Roussière, la forêt Domaniale de Versailles et du Bois du Pont Colbert, rien de technique mais il faut arriver à relancer en permanence et cela casse vite les pattes. On entend les premiers râles (ce pied de voir les voisins souffrir quand même) et les écarts commencent à se creuser pour peu que vous fassiez un peu le labrador en descente ! Jusqu’ici, pas de problème de balisage, impossible de se tromper.

L’arrivée au deuxième ravitaillement à l’Observatoire de Meudon (45ème) confronte les coureurs à une première vraie déception avec l’absence totale de nourriture et de boissons chaudes. Je fais partie de ceux qui réclament un changement à ce niveau-là chaque année mais sans succès. Pourtant je remplis mon petit questionnaire consciencieusement le lundi matin venu… C’est dommage car c’est un moment clé de la course et cela implique de passer 33km (entre le 22 et le 55) sans pouvoir manger autre chose que ses propres réserves, soit 5-6h environ et oblige donc à se charger en nourriture. Je trouve que c’est beaucoup trop mais après tout, cela n’empêche pas plus de 1800 coureurs de finir chaque année alors… A ce moment-là, la nuit n’est jamais très loin donc on équipe la frontale, on met un t-shirt propre et on repart.

Eco-Trail de Paris

A mi-course les astres s’alignent, la montre indique pile 750m de dénivelé avalés, il en reste autant répartis sur des côtes d’en général une centaine de mètres et un bon 20 % d’inclinaison. Les ‘’murs’’ restent rares mais quand on tombe dessus, c’est la Tourette aiguë parmi les trailers ! Cette partie est vraiment fun, il y a de la difficulté et les ravitaillements sont chacun espacés d’une dizaine de kilomètres. Psychologiquement on se sent un peu plus libéré et puis dévaler les descentes de nuit, en manquant de se viander sur chaque caillou, ça reste une des raisons pour lesquelles on a payé son dossard une centaine d’euros.

L’arrivée dans le parc de Saint-Cloud fait un bien fou car il reste alors moins de 12km à parcourir et l’on peut boire de la soupe chaude jusqu’à plus soif. Franchement, ce truc a un goût de paradis. A ce moment de la course on tuerait tous pour en boire ! Je me rappelle que l’année dernière il y avait eu une pénurie et presque une émeute derrière. True story.

Un petit mot sur les barrières horaires ici : à ce moment de la course, si vous avez fait du 7km/h vous êtes pile dans les (Saint) clous. C’est quelque chose d’appréciable car 12h45 pour boucler le parcours c’est à la fois exigeant et suffisamment large pour qu’un débutant aie ses chances de terminer au 1er étage de la tour Eiffel avant minuit.

 

Parcours et barrières horaires :

Zones + ravitaillements Km Barrières horaire
Base de Loisirs S-Q-Y 0 12h30
Buc 22 15h45
Château St-Philippe 45 19h30
Chaville 55 21h30
Entrée Parc Saint-Cloud 63 23h00
Saint-Cloud 67 23h30
Paris 78 01h00

Les habitués vous disent toujours qu’une fois que vous avez atteint Saint-Cloud, vous avez course gagnée. C’est à la fois vrai et un peu mensonger car ces 12 derniers kilomètres sur les Quais de Seine sont un calvaire. On est loin d’admirer le paysage et de profiter de la vue sur le fleuve comme on le ferait pendant l’été en se baladant. Il fait nuit, la circulation est présente tout autour de vous et vos jambes réclament la douceur des sentiers que vous venez de traverser pendant une dizaine d’heures. Imaginez ça comme une transition de triathlon inversée, où vous passeriez du vélo à la nage et pas l’inverse. Et puis ça fait un moment déjà que l’on voit la tour Eiffel au loin, il est temps d’en finir !

Après un bref passage par l’île aux Cygnes, c’est l’arrivée au pied de la Dame de Fer et l’ascension vers le 1er étage démarre. 357 fichues marches plus tard, vous voilà finisher et accueilli comme il se doit par un t-shirt (à votre taille si vous avez de la chance) et une bière revigorante. Même si le vent et les marches rendent cette ultime effort pénible, cela reste un moment privilégié où l’on peut prendre le temps de regarder en bas et savourer sa chance de finir une course dans ce cadre là. Ce n’est pas le Mont-Blanc certes, mais avec ses 4 points ITRA, ce 80km peut vous permettre de vous y rendre fin août pour la CCC / TDS ou l’UTMB…

Côté compétition

On prend les mêmes et on recommence ! Emmanuel Gault s’est imposé pour la 4ème fois sur le 80km en 5h48mn30s alors que Nicolas Duhail du Team Outdoor, tenant du titre, a lui terminé 2ème en 5h56mn01s. Un peu plus loin derrière, Yann Nouri a décroché la 3ème place en 6h22mn10s.

Chez les femmes, c’est la Suissesse Jasmin Nunige qui s’est imposée en 6h28mn22s, avec une marge confortable sur Sylvaine Cussot (7h04mn41s), tenante du titre et… compagne d’Emmanuel Gault. Carmen Maria Perez Serrano finit elle 3ème en 7h31mn29s.

A noter que La Verticale a encore eu un énorme succès avec 116 finishers, mêlant anonymes tirés au sort et pros pour la 3ème édition de cette course d’ascension un peu folle qui consiste à monter les 1665 marches de la Tour Eiffel le plus rapidement possible ! Nous avions d’ailleurs interrogé Jean-Charles Perrin, le papa de l’Eco-Trail de Paris, à ce sujet il y a quelques mois et notre journaliste Laurie Canac a eu la chance de pouvoir participer à cet événement particulier.

Bonne chance si vous souhaitez faire partie des heureux élus l’année prochaine !

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