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“Un charme est ce qui subjugue, plutôt que ce qui plaît ”, Alain.

Par Gaël Couturier. Photos OC Sport.

Le 7 mai dernier, j’étais à Genève pour le marathon, invité par les organisateurs que je connais bien. Leur structure, OC Sport, est basée en Suisse, possède des bureaux en France, à Singapour et au Royaume-Uni. Elle appartient depuis quelques années au groupe Télégramme. Dans le domaine des sports d’endurance, OC Sport s’est récemment fait remarquer en étant à l’initiative de la déclinaison des UTMB à l’étranger, en Chine, pour commencer, avec le Gaoligong by UTMB à venir. Mais OC Sport est aussi réputé pour la qualité de ses events de voile à travers le monde et de vélo à travers l’Europe et bientôt aux USA, dans le Colorado. Je m’attendais donc légitimement à une expérience sublime et novatrice dans la capitale Suisse pour ce marathon. Hélas…. J’ai au contraire été surpris, presque agressé, par un manque cruel d’originalité dans la mise en œuvre de cette course à pied.

Notez bien que ce pamphlet virulent ne reflète que ma propre opinion. Libre à vous, mes chers  coureurs, d’aller à Genève vous y brûler les pattes. En ce qui me concerne, je vous aurai prévenu. J’aurai fait mon travail comme dirait l’autre.

Genève est pour moi synonyme d’un cosmopolitisme élégant doublé d’un esprit de montagne. J’maginais la ville peuplée de riches suisses et d’expatriés privilégiés vivant au rythme de l’horlogerie de luxe, des banques de gestions privées, le tout autour d’un joli lac, de nombreux espaces verts et de produits alimentaires aussi typiques que de bon goût : fromages, chocolats, jambon … Bref, la Suisse bénéficie pour moi d’un fort capital sympathie, en été comme en hiver. Malheureusement, durant mon séjour, le visage que j’y ai découvert lors de ce marathon de Genève est celui de la morosité, de l’ennui et de la frustration du coureur à pied qui n’est pas né de la dernière pluie.

Non, je n’ai pas trouvé de charme particulier à cette course. Pire, la météo ayant eu dès le départ raison de ma bonne humeur, j’ai eu tendance à ne relever que des choses négatives, à ne voir que les lacunes importantes de l’organisation qui essaie de nous faire croire que sa course est d’un niveau international. C’est d’autant plus cruel pour elle qu’il existe aujourd’hui une offre marathon  exceptionnellement riche à travers le monde et à portée d’Easy Jet; à laquelle se rajoute une offre tout aussi large dans les autres disciplines de sports nature et d’endurance. Je pense aux triathlons bien sûr, aux trails, aux courses à obstacles et autres folies comme savent si bien en organiser les autrichiens de Red Bull ou les américains d’Ironman. Je m’en fais d’ailleurs souvent le relais dans ces colonnes. Voilà pourquoi, une semaine après, je n’ai pas mieux digéré cette affaire et je me demande toujours ce qui pourrait bien motiver le coureur à pied assoiffé de marathon à venir faire le déplacement jusqu’à Genève. Explications.

Le départ

Il est donné sur un site sans charme, sans vue exceptionnelle sur le lac ou sur la ville, et donc sans une ambiance extraordinaire non plus. Franchement, c’est une rue sombre, sans aucun élan, où on a presque l’impression de déranger les bons riverains. Après, très vite les coureurs passent près d’un hôpital – ou d’un asile je ne sais pas – où nous avons vu cette année des malades en chemise de nuit se payer une bonne tranche de rigolade en nous voyant passer. L’un d’eux s’est même mis à courir avec nous sur quelques mètres…mais dans le sens inverse ! On se serait cru dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, le film de Milos Forman avec Jack Nicholson. Je me suis même demandé si ce n’était pas une (excellente) mise en scène opérée par les organisateur ! Malheureusement non.

Certes Genève est entourée de montagnes mais pourquoi ne pas partir du lac ou du centre-ville quitte à rajouter un peu de dénivelé à ce parcours ? Pourquoi vouloir absolument offrir un marathon le plus plat possible à partir du moment où la course ne peut pas rivaliser avec les courses majeures européennes de type Berlin ? Ne pourrait-on pas imaginer un départ de nuit en centre ville comme le fait la ville de Bordeaux ? Ça aurait clairement une autre tête.

Le parcours

A 85%, le parcours du marathon de Genève ne se déroule pas à Genève. Il se déroule en rase campagne. Ce parcours champêtre est d’une monotonie sans nom. J’imaginais des points de vue incroyables sur le lac ou les montagnes, de jolis petits villages suisses, de belles villas citadines et des orchestres dignes de ce nom. Rien. Nada. Niente. Nothing. Niiiiiichts. Et je ne parle pas du public totalement absent pour cause de météo sans joie. Quelle tristesse ! Un vrai jour de deuil.

A noter quand même que les 6-7 derniers km sont tels que vous l’aviez imaginé : vous arrivez (enfin!) en ville, avec le lac sur votre droite. C’est le Genève tant attendu, mais trop tard. La promesse de l’événement est pourtant là!

J’ajoute qu’il y a aussi des chaussées très inégales : parfois, la route est aussi lisse qu’un miroir et donne alors le sentiment de pouvoir dérouler ses foulées sans douleur. Et puis parfois les coureurs passent sur des chemins plus ou moins carrossables avec des ornières et des graviers à ne plus savoir qu’en faire. C’est pas l’UTMB mais presque ! J’exagère.

Pour conclure, je pense que ce marathon n’a pas vraiment choisi son camp : il oscille entre un marathon champêtre où on vient s’amuser – mais du coup non seulement il faudrait revoir le naming de l’épreuve mais également jouer beaucoup plus à fond la carte des festivités – et un marathon au sens classique du terme, qui se veut donc tourné vers la compétition dans l’espoir, illusoire à mon avis, de se hisser parmi les grands d’Europe. Mais dans ce cas la qualité du revêtement proposé, commençons par là, n’est pas à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre.

Les ravitaillements & les orchestres

Je commence par les orchestres. Les trois cors des Alpes Suisse au milieu du parcours et le DJ dans le tunnel à la fin, et peut-être, allez, le jacky solitaire à moitié bourré qui improvise drôlement sur du U2 mais en français, sauvent la misérable mise en scène musicale des quarante autres km. Quand aux clowns pour enfants, l’idée est bonne mais à part faire des « coucou » et des « allez allez » ils ne servent franchement pas à grand chose. Et puis ils ne sont pas drôles – ce qui pour des clowns est un comble – et on se demande bien ce qu’ils font là dans cette galère, eux aussi. Pourquoi ne pas pousser la logique jusqu’au bout et les faire encadrer des enfants malades qu’on sortirait de l’hôpital exprès ce jour-là ? Dans les années à venir, je ne serais pas contre un « Genève Rock’n Roll marathon » comme à Las Vegas mais aussi, plus près de nous, à Liverpool, Dublin, Lisbonne, Madrid….avec une ambiance musicale et de feu. Voir http://www.runrocknroll.com/#findrace. Et pourquoi pas une course déguisée où les ravitaillements seraient des fontaines sans fond de chocolat au bon lait des vaches suisses ?! Je m’égare.

Ah. Les ravitaillements. Certes, ils arrivent plutôt tous les 4 km que tous les 5 km comme c’est la règle ailleurs et c’est plutôt une bonne chose. Ils sont de plus exceptionnellement bien garnis en oranges, bananes, gels Isostar (clairement pas les meilleurs du marché malheureusement) et biscuits Tuc à volonté. Bien bien. Les bénévoles, comme souvent, fournissent un travail exceptionnel et sont d’une gentillesse rare. Il faut le dire. De ce point de vue, la logistique ne faillit pas.

Cela dit, ces ravitaillements sont également très classiques et absolument pas créatifs pour un franc suisse. Et une fois de plus, là où la course aurait pu compenser la faiblesse de son parcours et sa météo pourrie par des ravitaillement inoubliables, elle se contente d’assurer le minimum. A ce titre, il faut le dire, les ravitaillements des marathons sur route, de New-York à Paris, sont souvent aussi très pauvres question créativité et qualité. Pour se convaincre du gouffre qui existe dans ce domaine avec d’autres épreuves d’endurance, il suffit d’aller voir ce qui se passe dans le triathlon et l’ultra trail où les organisateurs, d’Embrun à Chamonix en passant par Hawaii ou Nice, rivalisent d’ingéniosité pour faire plaisir aux participants et leur faire souvent découvrir les spécialités locales.

Pour une société à dimension internationale comme OC Sport, qui se dit à la pointe de l’organisation sportive et évolue avec succès partout dans le monde dans la voile ou encore le vélo, mais qui a également des velléités à se lancer dans le triathlon (Genève encore le 15-16 juillet prochain), c’est impardonnable. Pourquoi ce marathon ne s’inspire-t-il pas de ce qui se fait ailleurs pour surprendre les coureurs avec de petites choses à manger qui font plaisir et sont de la région ? Dieu sait que ces ravitaillements sont importants pour le marathonien. Car une fois lancé, qu’il fasse 30°C ou qu’il pleuve à torrent, la seule chose qui puisse venir casser la monotonie de sa souffrance, c’est bien justement ces ravitaillements. A se demander si parmi ces organisateurs là, il y a des marathoniens passionnés et expérimentés. Vraiment ! A Genève, j’aurais tant aimé voir du fromage, du chocolat, du jambon de pays. Mais ai-je vraiment couru en Suisse ? Ah oui, c’est vrai, j’étais sur le marathon de Genève qui ne se déroule pas à Genève. Compliqué tout ça.

L’arrivée

La prise en charge des coureurs à l’arrivée faisait quant à elle bien peine à voir. A vivre, elle était un enfer. Passé la ligne, on ne trouve rien de plus à manger que sur les ravitos du parcours – à part des barres de céréales sucrées au chocolat que personne ne veut. Forcément, après 42 km d’encas sucrés, il faut du salé, c’est bien connu. Non ? Non, pas chez les Suisses visiblement.

Pas de salé donc (à part ces satanés Tuc que vous ne pouvez pas plus avaler qu’auparavant) ni de pochette finisher avec une belle canette de bière à l’intérieur, une barre hyper protéinée, un paquet de chips, un petit échantillon promo d’une marque de saucisson, un bout de fromage, etc…. Non, rien de rien. On est chez les pauvres et ça ne ressemble décidément pas du tout à l’image luxueuse qu’on se faisait en arrivant de la capitale Suisse. Je poursuis. Une fois passé les grilles qui marquent la fin de l’événement, après être passé complètement à côté de la boucle à faire pour l’Unicef – la cause est noble bien sûr mais après avoir couru un marathon, qui va se re-motiver pour refaire  1600 mètres de plus ? Qui ??? Quelle idée franchement. No comment – le coureur est livré à lui-même dans une magnifique rotonde remplie de food-trucks tous plus appétissants les uns que les autres.

Si si des food-trucs. Génial ! Ils sont là dès que le printemps arrive, dans ce centre de Genève, jour de marathon ou pas. Le problème ici c’est que l’organisation de la course n’a absolument rien prévu pour ses coureurs affamés. Je me suis donc retrouvé seul, sans argent car je n’ai pas voulu laisser mon portefeuille au vestiaire, entouré des familles et d’amis de coureurs buvant eux des bières bien fraiches et s’empiffrant de délicieux burgers et autres sandwichs grillés de la mer juste devant mon nez. L’horreur. Un grand moment de solitude. Murakami lui-même a dû courir Genève avant d’écrire son livre ! Pourquoi tant de haine ? En échange d’un dossard un tout petit peu plus cher, ne pourrait-on pas donner à chaque finisher un « pass food-truck » bière + repas dans le camion de son choix ?! Est-ce vraiment si compliqué ?

Le cadeau de finisher

Un dernier mot sur le tee-shirt de la course. Ce n’est pas un tee-shirt finisher mais c’est un Compressport! La classe. La classe car la marque Suisse est leader dans les sports d’endurance. Ses produits sont soignés, sexy, efficaces. Sauf qu’ici le produit n’est pas compressif. Et non. Ah. Dommage. Passons. Un mot sur la médaille enfin : elle est grosse, vachement grosse, c’est tendance. Bien vu. Mais diable qu’elle est triste ! A part un tout petit drapeau suisse, elle est grise, tout grise.

Ça allait bien avec la météo remarquez…

Note de la rédaction : Gaël Couturier a couru les marathons de Paris (6 fois), Lyon, Caen, Médoc (3 fois), Jarnac (le cognac!), New York (8 fois!) et Los Angeles, Osaka au Japon, Mont-Olympe en Grèce (oui, c’est un marathon de montagne), Vitoria-Gasteiz en Espagne, Colombo au Sri Lanka, Jérusalem, Rome et Venise, et dernièrement Mooréa, en Polynésie Française. Il a aussi terminé 12 triathlon Ironman à travers le monde, de l’Amérique du Nord à l’Asie du Sud Est, et autres ultra trail, gros ou moyens en France, au Maroc mais aussi en Asie dont 4 UTMB et 5 Marathon Des Sables.

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