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Made in NASA

Texte et photos par Gaël Couturier

235g (H) et 198g (F). Hauteur talon de 24 mm (H) et 23 mm (F), hauteur avant-pied / métatarses de 20 mm (H) et 19 mm (F). Drop de 4 mm dans les deux cas. 150€.

Une chaussure performante pour la route et relativement légère qui apporte une bonne stabilité à ceux qui en ont besoin, sans toutefois gêner ceux dont la foulée n’a pas besoin de maintien, ainsi qu’un très bon amorti qui se ressent sur la durée et ne gêne en rien – allez pas grand chose – vos plus belles pointes de vitesse. Bref, une shoes made in US qui vient de l’espace. Ou presque. Comment c’est possible ? Explications.

Avant de rentrer dans le vif du sujet de cette version 2, j’aimerais revenir quelques instants sur le premier modèle de la Clayton sorti en 2016. Pour mémoire, et afin d’être précis, rappelons donc que celle-ci avait un drop de 6,4 mm, une hauteur talon 30,2 mm, et une hauteur avant-pied/ métatarses  de 23,8 mm. La chaussure s’inscrivait déjà parfaitement dans la philosophie Hoka One One avec ses semelles intermédiaires oversize tout en affichant, c’était la nouveauté, une hauteur nettement moins importante que ses consoeurs. La version 2 reprend cette gageure qui a fait le succès de la première : une chaussure étonnamment légère pour son shape. Un autre point important à préciser concernant la première version de la Clayton c’est à propos de son amorti. Celui-ci était déjà plus ferme que pas mal d’autres modèles de la marque, dont la Clifton 3 par exemple.

Petit rappel sur le vocabulaire utilisé pour ces tests : La tige est le dessus de la chaussure. C’est la face externe de toute la structure fixée à la semelle intermédiaire. Elle comprend, entre autre, l’empeigne de la chaussure, c’est à dire la partie qui entoure le pied, du bout du pied jusqu’à la limite du talon. La semelle intermédiaire est quant à elle la semelle située entre cette tige et la semelle externe qui est en contact avec le sol. C’est dans cette semelle intermédiaire qu’est contenue une bonne partie de la technologie développée par les différentes marques : de l’Air chez Nike ou du gel chez Asics, par exemple, ainsi que toutes les autres variétés de mousses chez les autres fabricants.

Parlons donc maintenant dans le détail de cette Clayton, 2ème du nom.

La tige

Par rapport à la première version, que personnellement j’avais adorée, la tige de cette Clayton 2 est un peu différente, plus classique à mon sens, moins « free spirit », un brin plus rigide. Au niveau de l’empeigne, le mesh est désormais composé de 3 parties qui se recoupent : une couche intérieure un peu amortissante, une 2ème couche en fine maille et des bandes élastiques elles-mêmes rattachées aux lacets et dont le but est d’apporter un excellent maintien du pied dans la chaussure. C’est ce que la marque appelle une « structure croisée en TPU légère et sans couture ». Le serrage est de ce fait bien efficace, du style « ni trop ni trop peu » : il ne serre pas outre mesure et vous pouvez même vous permettre de ne pas trop serrer les lacets pour être bien tenu – Grâce à la semelle intermédiaire unique en son genre, j’y reviendrai plus bas, il est tentant de ne pas les serrer du tout ! Je ne le recommande toutefois pas car c’est le meilleur moyen d’avoir des ampoules et des frottements intempestifs.

On touche justement ici aux limites, à humble mon avis, de ce nouveau mesh que je trouvais plus agréable dans la version 1, car un peu (j’ai dit « un peu » !) moins contraignant. En effet, si le contrôle du pied est ici augmenté pour aller dans le sens d’un meilleur contrôle de la chaussure dans tous les sens, en montée comme en descente, et sous toutes les vitesses, la sensation est d’être mieux tenu mais également – plus – tenu. Les mots sont importants. J’aimais moi la folie libératrice de cette première empeigne qui laissait davantage mes pieds et mes orteils libres de leurs tout petits mouvements à l’intérieur de la chaussure. Elle était, je le répète, plus souple. Désormais, mes pieds et mes orteils doivent rentrer dans le rang et suivre le guide, ou la position, qui leur a été déterminé à l’avance dans la chaussure. Je ne dis pas que c’est mal : je dis que c’est un peu différent.  C’est une affaire de goût donc mais je préfère prévenir ceux qui avaient adoré les sensations de liberté de cette première Clayton qu’ils ne vont pas forcément les retrouver au niveau de la tige car le changement ou plutôt l’évolution est nette.

Quoi qu’il en soit, ce mesh en trois parties distinctes au niveau de l’empeigne reste particulièrement bien pensé. Pour renforcer encore un peu le contrôle que vous allez pouvoir mener sur l’ensemble de la tige (avant-pied, médio-pied, talon), il est à noter que la languette est elle-même rattachée à la base des lacets. Là encore, ce n’était pas le cas pour la première version de cette chaussure que j’aimais tant. En revanche, et à l’inverse de ce mouvement presque conservateur que je suis en train de vous décrire, la partie de plastique souple qui faisait office de léger par-pierre en bout de pied a ici complètement disparue. Elle n’est pas remplacée et on peut ainsi imaginer facilement que le mesh, en cas de frottements ne résisterait pas très longtemps. C’est sans doute pour cela que la marque insiste bien sur le fait que la Clayton est une chaussure de route et surtout pas de trail. Bien entendu, la gomme très souple de la semelle ne se prête pas du tout à des sentiers escarpés et abîmés mais la chaussure fera très bien l’affaire sur des sentiers propres. Seule l’avant pied, de la tige, serait donc un frein à une pratique mixte du running avec ce modèle. Je chipote donc je passe.

Au niveau de la cheville et du talon, l’ensemble est particulièrement souple, e-x-t-r-a-o-r-d-i-n-a-i-r-e-m-e-n-t souple même, et rappelle en cela la première version du modèle. Le collier de serrage de la cheville n’est ainsi pas trop épais et maintient  suffisamment la cheville. C’est assez génial. On imaginerait ainsi que le pied n’est pas assez tenu au niveau du talon. Il n’en est rien. C’est dû à la manière dont est construite cette semelle intermédiaire, inspirée des sièges baquets profonds, safes et confortables des voitures de sports, et qui fait vraiment une des spécificités les plus intéressantes de cette chaussure. Vous allez comprendre. Un dernier mot sur cette tige : à l’intérieur, pas de coutures. Tout cela est très bien pensé et réalisé.

La semelle intermédiaire

Ni vous ni moi n’avons jamais, sans doute, conduit une voiture de course de type Nascar ou 24h du Mans. Cela dit, certains d’entre vous roulent peut-être bien en Porsche ou en Ferrari. Et pourquoi pas ? Le principe du siège baquet donc, voilà ce qui a inspiré Chris Hillyer, le designer en chef, officiellement « Senior innovation manager » pour Hoka One One chez Deckers, en Californie, à Santa Barbara. Contrairement aux apparences, car quand on regarde la chaussure, la semelle semble remonter très haut, le pied est en réalité, à l’intérieur, placé bien plus en profondeur. Il est donc comme encastré, confortablement installé dans la semelle, entouré par elle. Cette innovation vraiment propre à Hoka One One, c’est ce qui explique que la tige dans son ensemble peut être si souple, si douce, sans réelle structure (un peu plus que sur le premier modèle toutefois – je le répète !).

Pour Hoka One One, cette semelle intermédiaire construite en double densité « pour un équilibre unique entre PROpulsion et PROtection » porte un nom savant : PRO2Lite. C’est une histoire de mousse à double densité.  Comme l’expliquent bien les responsables marketing de la marque : « un impact en douceur et une impulsion réactive ». On ne voit pas très bien la différence quand on regarde la chaussure mais en test, cela se ressent par contre très bien.

Lors des récent km parcourus avec cette chaussure, j’ai ressenti la fermeté de sa semelle et, au départ, je dois avouer en avoir été un peu gêné. Mais, au fil des km, cette gêne relative a peu à peu disparu pour laisser place à…bah, rien, aucune sensation particulière si ce n’est une impression générale de légèreté et d’efficacité. La semelle s’est pour ainsi dire fait oublier. C’est le phénomène complètement génial de ce modèle que d’autres testeurs, américains notamment, ont également noté sur leur blog personnel : il semble un peu trop ferme au départ mais ça vaut la peine de dépasser ses premières sensations pour aller chercher son efficacité impressionnante au fil des km et des heures. Autrement dit, c’est un modèle qu’il faut apprivoiser. Ce n’est donc sans doute pas un modèle que je porterai sur de petites distances car il reste plus encombrant que d’autres modèles d’autres marques, et même si la fermeté dans la semelle permet généralement un gain d’efficacité sur les entraînements et les courses rapides, mais que je garderai plutôt à partir du semi et sans limites pour aller au-delà. C’est une question de goût : quand mes entrainements sont court et mes courses rapides, je préfère être dans du marshmallow façon Altra Escalante que j’ai découverte et testée récemment dans ces colonnes.

En revanche, cette Clayton 2 fera certainement davantage mon/votre/notre affaire sur marathon, Ironman et ultra. L’amorti est donc légèrement ferme mais quand même très efficace et important, le tout dans un package ultra-light (235g!!!). Oui je sais c’est pas hyper clair… Mais c’est la faute de Chris Hillyer !!! J’le jure. Bon, non, c’est juste parce que Hoka One One a réussi ici quelque chose d’unique dans les annales du running : faire un modèle super amortissant, super dynamique et super léger. Un truc auquel la NASA n’aurait même pas pensé j’en suis sûr !

On apprécie donc vraiment ici d’avoir autant de structure sous le pied quand les km s’accumulent et que les muscles du corps fatiguent. Que vous attaquiez le sol par le talon, le médio-pied ou l’avant-pied, il y a toujours suffisamment de structure amortissante pour vous aider et vous offrir de belles sensations. Bref, la chaussure ne vous laissera jamais tomber. D’autant que sa semelle externe paraît  aussi top bien foutue. A lire juste après.

Enfin, notez que la semelle de propreté a également été remplacée. Celle-ci est en Ortholite® (ortholite.com), une marque de la côte Est américaine spécialisée dans la semelle de propreté haut de gamme. La matière de cette nouvelle semelle est plus rigide, moins fragile, plus épaisse, plus large mais surtout plus amortissante et d’une meilleure résistance à l’usure que celle vendue avec la Clayton 1. Elle devrait donc en principe réduire quelques frottements. Pour ma part, je n’avais aucun soucis avec celle du premier modèle mais je ne veux pas être tatillon une fois de plus et passer pour celui qui refuse le progrès…

J’ajoute que malgré son look de semelle toujours très oversize voici un modèle parfait pour se lancer enfin sur une Hoka One One, pour ceux d’entre vous qui jusque là avaient des réticences.

La semelle externe

Nous y voilà. Une bien belle réussite là aussi : elle est silencieuse, c’est important, et m’a semblé accrocher sur toutes les surfaces….sauf le marbre. Oui je sais ce que vous allez me dire : le marbre est une structure parmis les plus glissantes. C’est vrai. Question solidité, c’est difficile à dire. Il faudrait avoir couru plusieurs centaines de km, ce qui est impossible, même au sein de ce blog où nous recevons les chaussures bien en avance car nous ne sommes pas pour autant des machines. Tout ce que je peux dire c’est que même si j’ai noté quelques tout petits lambeaux qui se détachaient, la tenue de cette semelle intermédiaire m’a quand même semblé très bien finie. Et puis dites-vous une chose, le jour où votre semelle externe montre des signes apparents de fatigue et qu’elle se décompose en morceaux que vous récupérez sur la route c’est aussi le jour où vous avez usé, sans le savoir peut-être, votre semelle intermédiaire et qu’elle ne fait plus du tout son effet : vous protéger et guider votre foulée.

Il est donc à ce moment-là temps de changer de chaussure dans son entier mes p’tits chéris. Une petite note si j’ose sur les entailles de cette semelle externe, destinée à améliorer la souplesse de l’ensemble : on y retrouve souvent de petits cailloux ou de petits morceaux de bois qui viennent s’y incruster. C’est pas le top mais ce n’est pas non plus très très grave car ils sont loin d’être légion.

Conclusion

Une chaussure très bien finie. Je n’ai aucun reproche à lui faire. La seule petite chose, peut-être, c’est qu’elle peut demander comme une adaptation : sa tige n’est pas aussi souple que le modèle précédent et sa semelle intermédiaire est également plus ferme que d’autres modèles de la marque C’est donc un modèle qui se dompte. Et si Hoka One One a produit quelque chose d’hautement technique cette année, c’est bien cette Clayton 2.

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