Sélectionner une page

Bombe ou pas bombe ?

Texte et photos de Frédéric Sultana, alias le professeur Tournesol.
215g (H) et 190g (F). Hauteur talon de 24 mm, hauteur avant-pied / métatarses de 20 mm et drop de 4 mm pour les hommes. Hauteur talon de 23 mm, hauteur avant-pied / métatarses de 22 mm et drop de 4 mm pour les femmes. 120€.

La nouvelle Hoka One One Tracer 2 sortie mi-juillet est une chaussure ultra-light – mais un poil plus lourde que la première version : une vingtaine de grammes environs – qui a visiblement été conçue pour l’entrainement et la compétition sur route. L’ayant reçue en phase finale de préparation de l’Ironman d’Hawaï (la course s’est déroulée le 14 octobre dernier), je l’ai testée à l’entrainement chez moi dans le Sud de la France mais aussi avec la ferme intention de l’utiliser le jour de la course. Alors que je chausse habituellement du 41,5 chez d’autres marques comme Brooks et Asics, avec un pied assez fort, j’ai reçu une chaussure au profil allongé et en taille 42. Ça commençait mal ! Mais la belle allure de la chaussure m’a conduit à l’essayer sans tarder. Je me suis vite ravisé : ce 42 m’allait parfaitement. Notez donc que ce modèle, destiné aux coureurs à foulée neutre, semble tailler petit. Une raison de plus, s’il en fallait encore, pour vous convaincre d’aller essayer (et acheter !) votre chaussure en magasin plutôt que de vous précipiter et faire n’importe quoi sur le web.

La tige

Pas mal de changements par rapport au modèle précedent, notamment autour du collier de cheville qui est beaucoup plus confortable. Je note également l’utilisation du 3D Puff Print Frame, une technologie qui permet à la tige d’être plus en phase avec la construction naturelle du pied et de n’apporter des renforts plus épais que là où vous en avez vraiment besoin, fonctionne à merveille. C’est top confort, notamment sous la languette, ce qui manquait un peu dans la première version. Cette tige est pour le moins résistante, je dirais même robuste. Mais cette robustesse n’est pas acquise au détriment du poids et du confort. Loin de là. D’autant que cette Tracer 2 fait partie des chaussures les plus légères du marché. Concernant le confort de cette tige, les propriétés élastiques des lacets et du mesh dans son ensemble offrent une très grande adaptabilité en fonction des spécificités et de la morphologie du pied de chacun. Mon pied est un peu large mais il a été bien chaussé, sans être trop comprimé, alors que cette chaussure a clairement un profil allongé ! Notez donc cette excellente élasticité. De même, les sensations que j’ai ressenties sont agréables sans chaussettes (amis triathlète, cette chaussure a également été construite en pensant à vous).

Autre point important, Du fait de son épaisseur, la tige ne semble pas très aérée. Pour une chaussure d’entrainement rapide comme de compétition, et qui va donc être soumise à rude épreuve, c’est un peu dommage. Un manque d’aération peut en effet empêcher la dissipation de la chaleur et conduire à des échauffements du pied et également faciliter l’apparition d’ampoules. Néanmoins, malgré cette impression de tige assez épaisse, je n’ai ressenti aucune gêne ou aucun échauffement lors de mes utilisations prolongées, et ce, par de très fortes chaleurs. En septembre dans le Sud de la France ou à Kona en octobre, il fait chaud, très chaud même. Je suis donc agréablement surpris par la qualité de ce mesh qui ne dévoile pas toutes ses qualités au premier abord. Comme quoi il n’y a pas toujours de lien aussi évident qu’on peut le penser entre un échauffement des pieds et l’aération d’une chaussure.

Vous noterez aisément sur les photos l’apparition de petites bandes de plastique souples qui entourent la tige et jouent le rôle de maintien du pied. Cela permet à la tige de rester bien souple tout en vous apportant le maintien nécessaire à haute vitesse (si si, à haute vitesse). Je termine sur la tige avec un point sur l’esthétique. Cette couleur rouge avec des lacets jaunes donne à ce modèle un caractère agressif qui convient bien à une chaussure de compétition. La couleur rouge – le sang – et le jaune – le feu ou la flamme – symbolisent le combat, la bataille. Décorée sobrement, la Tracer 2 se remarque, oui, mais sans être trop voyante quand même. Dernier détail intéressant : le petit onglet au talon qui permet de bien saisir la chaussure quand vous y enfoncez le pied. On voit ça de plus en plus chez les fabricants de chaussures, et on en parle souvent dans ces tests, mais c’est un détail intéressant dont il est désormais difficile de se passer.

Semelle intermédiaire

A priori pas de changement par rapport au modèle de l’an dernier. Elle est la même que sur la Tracer 1, nommée PRO2Lite dual density, elle offre une très bonne transition entre l’attaque du talon et la propulsion. Fabriquée en double densité comme son nom l’indique, la semelle est épaisse et incurvée, c’est à dire avec du rocker, ce qui permet donc une transition plus rapide du mouvement. Le drop quant à lui est faible, 4 mm, et la chaussure se destine donc à ceux qui recherchent, à priori, un modèle dynamique. Le talon est bien amortissant et le dynamisme se retrouve, normalement, sous le médio-pied. Nous allons le vérifier. Un mot sur le drop faible : attention à ceux qui souffrent déjà du tendon d’Achille, ou sont sensible à cet endroit.

Après une première séance d’accoutumance et d’entrainement sur un parcours de 10 km, j’ai utilisé la Tracer 2 pour effectuer un semi-marathon en entrainement à l’allure de mon objectif marathon. Il fallait que je travaille cette allure spécifique et que j’évalue l’efficience énergétique de la chaussure dans ces conditions d’utilisation. Même si la vitesse n’était pas très élevée pour évaluer le dynamisme de la chaussure, je pensais disposer de suffisamment de données de comparaison pour me faire un avis. Côté sensations, les foulées semblaient dynamiques et le pied bien tenu. Coureur normalement neutre, ma pose de pied s’est modifiée avec une tendance à la supination. Sans avoir une réelle explication, les photos prises m’ont confirmé cette modification qui pourrait être expliquée par la géométrie de la chaussure : un drop très faible, une incurvation de la chaussure à la pointe et au talon. Je me posais des questions.

Côté données enregistrées, la chaussure répond correctement, même à vitesse relativement faible. Les valeurs moyennes d’oscillation verticale moyenne de l’ordre de 7,3 cm et de temps de contact au sol de l’ordre de 250 ms sont habituelles pour moi et sont plus synonymes de bon amorti et de confort que de dynamisme. Tout est affaire de compromis mais les valeurs de temps de contact au sol restent un peu trop élevées pour que je qualifie cette chaussure de pure dynamique. La Tracer 2 est donc une bonne chaussure de course sur route qui permet de conserver une foulée fluide et souple. Les données enregistrées n’ont donc pas confirmé mes sensations de très bon dynamisme. Mais ma vitesse de test n’a peut-être pas été assez élevée pour mettre en valeur le dynamisme de la chaussure. C’est tout à fait possible.

Oscillation verticale moyenne : 7,3 cm

Temps de contact au sol moyen : 258 ms

M’adaptant assez facilement à tous types de chaussures, j’ai utilisé ce modèle pour le marathon de l’Ironman d’Hawaï, convaincu que les qualités de confort et de légèreté devaient prévaloir par rapport au dynamisme sur lequel je continuais de m’interroger. Coureur expérimenté, léger et universel, j’ai donc là clairement pu apprécier la légèreté de cette chaussure dans toute sa splendeur, surtout en fin de parcours, quand il devient difficile de continuer à courir. Quand vous êtes épuisé, une chaussure légère devient un avantage très important sur lequel il est bon de pouvoir s’appuyer. La course terminée, trois ongles d’orteils m’ont fait souffrir, alors que la chaussure était très confortable. J’avais utilisé des chaussettes de compression. Peut-être, les ai-je mal enfilées lors de la transition vélo – course à pied ? Difficile d’incriminer la chaussure…

Semelle externe

La surface d’accroche présente des formes géométriques larges, jaunes et globalement en losanges dont les                         « crampons », ou plutôt les tampons, sont de faible épaisseur. L’accroche se fait donc sur une surface de contact relativement importante. L’appui est bien équilibré, solide et efficace sur sol sec. Je n’ai pas testé la chaussure par temps de pluie mais je ne doute pas qu’elle a également été pensée pour tenir bon sur toutes les conditions météo, même si cette gomme jaune est dure et pourrait laisser penser qu’elle est moins stable sur route mouillée, ou terrain légèrement glissant. Cela reste néanmoins à prouver.

Conclusion

Le profil de cette chaussure est allongé et incurvé sur de la pointe au talon : c’est le fameux rocker typique de Hoka One One qui permet une excellente transition du pied sur le sol lors de votre foulée. Notez qu’il était déjà là, exactement le même, sur la première version de ce modèle typé compétition et entraînements rapides. Assez fine en tige, c’est là la vraie révolution de ce modèle, la Tracer 2 offre une forte impression de légèreté, ce qui est vraiment très agréable, sur toutes les distances. Un peu comme une Saucony Kinvara 8 ou une Brooks Launch 3. Pour l’entrainement comme en compétition, elle est donc une chaussure poids plume de rêve. Je pèse mes mots. Cela étant, comme je suis exigeant, j’attendais personnellement un peu plus côté dynamisme, avec une meilleure restitution de l’énergie élastique ; d’autant qu’Hoka One One signifie « voler sur terre » en language Maori… Très attachée à sa technologie d’amorti, unique et très efficace, cela ne se discute pas, les créateurs et designers d’Hoka One One auraient-ils un peu de mal à trouver le bon compris pour rendre une telle bombe aussi ultra dynamique qu’elle le mériterait ? Je me pose la question. #chrishillyer #nicolasmermoud #christopheaubonnet #jeanlucdiard

Dans la même rubrique

Pin It on Pinterest

Share This