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Choc des cultures

Questions Gaël-Couturier-San Ku Kaï. Réponses François-Xavier-Gaudas-Capitaine-Flam. Photos Julien Gaudas…heu, non, juste Gaudas, ce qui est déjà pas mal.

Il y a un mois, près de 42 500 coureurs (57 000 inscrits, 46 000 partants) terminaient la 41ème édition du marathon de Paris. Entre un rédacteur en chef de 44 ans qui l’a couru 6 fois mais connaît mieux celui de NYC et un jeune padawan de 28 ans, membre des Adidas Runners République, pour qui c’était la 3ème participation et qui a des étoiles dans les yeux…c’est la bataille.

San Ku Kaï  : Franchement tout ce monde au marathon de Paris c’est pas un peu galère quand on sait qu’on peut aller courir au même moment sous le soleil de Tahiti à Mooréa où il n’y a que 90 partants ??? Je ne comprends pas l’intérêt qu’un coureur confirmé comme toi peut avoir à aller se mettre avec 45 000 autres coureurs dans les rues de la capitale que tu connais par cœur puisque tu es parisien.…

Capitaine-Flam : Je ne l’ai pas vue arriver celle-là ! Effectivement Tahiti ça fait un peu plus rêver mais l’aller-retour coûte plus cher que les 73€ mensuels de mon pass Navigo…enfin je pense. Et puis l’atmosphère du marathon de Paris est vraiment particulière. Les courses sur route ce n’est clairement pas ce que je préfère et j’ai tendance à éviter les parisiennes à cause du monde… sauf le marathon de Paris. J’ai un attachement très personnel à cette course car c’est là que j’ai terminé mon premier marathon en 2009. Alors quand je reviens parmi tous ces milliers coureurs venus de partout dans le monde, je me sens tout de suite bien : je sais que je vais m’amuser. En plus, au sein de l’équipe Adidas Runners République, on était une cinquantaine sur le parcours cette année : je te laisse imaginer l’after de la mort qui a suivi San Ku Kaï !

San Ku Kaï  : Depuis plus de 10 ans (et encore je suis – très – gentil) c’est toujours le même parcours au marathon de Paris. Qu’est-ce qu’il a de bien ce parcours ?

Capitaine-Flam : Il est très touristique. Déjà, le départ sur les Champs-Elysées, ça envoie quand même. Toute l’année on galère sur cette avenue pour traverser ou avancer alors pour une fois qu’elle est rien qu’à nous, on ne va pas bouder notre plaisir ! Ensuite, tu passes par tous les endroits mythiques de la capitale : l’Hôtel de ville, la place de la Bastille, de la Concorde, les bois de Vincennes et Boulogne, tu vois la Tour Eiffel quand tu cours sur l’avenue Kennedy et puis tu termines avenue Foch, juste à côté de l’Arc de Triomphe. Je n’ai jamais fait New-York ou Londres mais j’imagine que ces deux autres grands marathons te font passer par leurs endroits les plus emblématiques également. Traite-moi de maso, mais j’adore le passage sur les quais de Seine. Il y a une espèce d’ambiance Tour de France sur cette partie, tu es proche de la foule, les gamins te tapent dans la main comme si tu t’appelais Békélé, ça hurle de tous les côtés, sur les ponts au dessus de ta tête, les pompiers t’envoient de la flotte avec une lance à eau…Pour résumer, le parcours plaira vraiment aux gens extérieurs à la capitale et aux parisiens les plus hardcore, genre…Delanoë hardcore.

San Ku Kaï  : OK mais il y a bien des points négatifs sur ce parcours non ?

Capitaine-Flam : Tu veux vraiment qu’ASO m’ait dans le collimateur en fait ? Evidemment qu’il a quelques défauts. Il n’est pas propice à la performance à cause du dénivelé d’environ 150m, c’est pour ça, je pense, que personne n’y est jamais descendu sous les 2h05. Ensuite, quand tu pars dans les sas au-delà de 3h45, ça devient vite l’embouteillage. Je pars toujours dans le sas 3h15 même si ce n’est pas forcément mon objectif car je veux un minimum de confort. Je me mets sur la droite, comme sur la voie véhicules lents sur l’autoroute et suis sûr de ne pas me faire bousculer tous les deux mètres ! On est d’ailleurs quand même bien « compactés » même à cette allure-là. Ensuite, j’aimerais des passages sur du sentier. C’est le petit gars élevé dans les vertes contrées seine-et-marnaise qui parle mais on passe quand même par Vincennes et Boulogne, il y a sûrement moyen de caser quelques kilomètres sur autre chose que du bitume non ?

San Ku Kaï  : 3h15′ ? Comment tu te la joues toi franchement….Lol. Question sécurité : tu as vu des policiers, des militaires, l’accès à la ligne de départ était-il sérieusement encadré ou bien tu penses qu’on a juste eu de la chance de ne pas se prendre (encore) un attentat en pleine poire ?

Capitaine-Flam : J’ai vu quelques militaires à ma sortie du RER mais avoue n’avoir pas fait plus attention que ça à cet aspect par la suite car je suis arrivé sur place 15 minutes avant le départ et devais retrouver des amis dans le sas. C’est quelque chose qui m’a tout de même effleuré l’esprit avant la course, depuis Boston j’ai toujours une pensée à ce sujet. Même si je n’ai pas remarqué une présence policière plus renforcée qu’à l’accoutumée, ça ne veut pas dire que je ne fais pas confiance aux forces de l’ordre pour sécuriser un tel événement. Pour l’anecdote, j’ai failli me faire violemment jeter hors du sas car j’avais mon dossard à la cuisse et la bénévole a cru que je voulais frauder. Si ça c’est pas un signe qu’ASO prend ta sécu’ hyper au sérieux je ne sais plus quoi te dire.

San Ku Kaï  : Mouais, ça peut juste vouloir dire qu’ils ne veulent pas de « bandits » parce que au final, c’est une machine à cash pour ASO. 57 000 dossards à 100€ pièce ça fait quand même 5 millions 700 000€… Passons. J’ai lu des choses désagréables sur les réseaux sociaux concernant les team de la Adidas Runners League dont tu fais partie : comme quoi vous aviez eu vos dossards gratos, comme quoi vous aviez des accompagnants alors que c’est interdit, comme quoi vous avez pour le moins perturbé la paix des coureurs anonymes qui ne demandent rien si ce n’est d’être tranquilles pour savourer leur 42,195 km. Tu en penses quoi toi qui fais justement partie du team Adidas République ?

Capitaine-Flam : Comme toi, j’ai lu tout et n’importe quoi à ce sujet. Déjà, sachant que ces teams sont sponsorisés Adidas, impossible pour qui que ce soit d’avoir un dossard gratuit tout simplement car le sponsor du marathon de Paris est… Asics. C’est juste ridicule de balancer des rumeurs dans ce genre. Ensuite pour ce qui est des accompagnateurs, je ne crois pas qu’il ait fallu attendre l’avènement  de l’ Adidas Runners League pour voir des proches « s’inviter » aux côtés de coureurs pour les soutenir. J’en ai croisé quelques-uns sur le parcours  qui n’avaient pas forcément un t-shirt Adidas Runner League, c’est vrai. Et puis qui n’a jamais eu la proposition d’un pote de lui faire le lièvre sur une portion d’une course pour aller chercher un PR ou un simple soutien moral ? C’est de l’hypocrisie franchement. Je pense que ce qui a surtout dérangé certaines personnes c’est le fait qu’à divers endroits du parcours, on pouvait retrouver beaucoup de supporters de ces différents teams qui faisaient forcément du bruit. Mais à ce moment-là, j’ai envie de dire à ces personnes voulant courir dans la quiétude de ne pas s’inscrire sur un marathon en plein Paris, diffusé à la télévision, avec 45 000 autres personnes et dont l’ambiance est réputée festive…

San Ku Kaï  : Oui, moi je rentre du marathon de Genève là c’est sûr que ce n’est pas la même ambiance. Parle-moi du salon d’avant course : tu as vu des choses intéressantes ? Il n’y avait pas trop de monde ? Tu as découvert des petites marques sympas ? Si tu n’y es pas resté longtemps, dis-nous pourquoi et dis-nous surtout ce qui t’aurait fait rester un peu plus longtemps.

Capitaine-Flam : Comme chaque année, je ne passe finalement que peu de temps sur le salon car il a tendance à me rendre agoraphobe… un peu comme un samedi de soldes à la Défense ! Je prends quand même le temps de faire le tour des différentes enseignes running pour « z’yeuter » et notamment le stand Asics car il y a toujours des trucs sympas à voir ou à faire. Il y a deux ans ils te donnaient un bracelet personnalisé avec les temps de passage de ton objectif et cette année il y avait un photomaton. L’ambiance y est bon enfant, tu vois les nouvelles collections, ton nom sur une fresque de 10m de long (quoique je n’ai pas trouvé le mien cette année, #tristesse), tu parles avec des gens venus du monde entier, c’est vraiment cool. J’ai pris mon dossard, acheté mes gels pour la course (peanut butter de GU, une tuerie), mon tube de NOK et je suis parti. Donc au final non je ne suis pas resté hyper longtemps.

San Ku Kaï  : Là encore tu t’es senti en sécurité ?

Capitaine-Flam : Oui vraiment. Le contrôle des sacs à l’entrée était très sérieux et tu ne rentrais pas sans convocation. Impossible de louper les agents de sécurité sur le salon.

San Ku Kaï  : Parlons d’Asics. Est-ce que cette course t’a donné envie de porter du Asics ou pas ? C’est quand même le but de leur investissement marketing… Alors est-ce que ça a pris sur toi et pourquoi mon p’tit Capitaine Flam ?

Capitaine-Flam : J’ai toujours beaucoup aimé Asics, la première vraie paire de running que j’ai achetée était d’ailleurs une Kayano.  Pour ce qui est de mon cas personnel la marque n’a en tout cas plu à essayer de me convaincre. Je possède également du textile Asics, que ce soit pour le trail ou de la compression. Je pense que chaque année leur campagne marche très bien car on voit beaucoup de coureurs avec des t-shirts de la collection exposée au salon du Running sur le parcours et ils sont majoritaires en terme de chaussures dans le peloton, enfin j’ai l’impression. Et puis quand tu demandes à n’importe quel coureur de te citer 3 marques de chaussures il va toujours commencer par Asics. Par contre il ne pourra que très rarement t’expliquer ce que veut dire le nom : Anima Sana In Corpore Sano, un esprit saint dans un corps sain.

San Ku Kaï  : Petit fayot va. ASO, on en a parlé, est derrière l’organisation de cet événement et c’est même leur épreuve phare en ce qui concerne la course à pied. Quels sont d’après toi les points forts de cet événement et les points faibles (tout confondu) ?

Capitaine-Flam : Le point fort principal réside, je pense dans l’attractivité de la ville. La preuve : il y a presque 50 % d’étrangers parmi les inscrits, c’est incroyable ! J’ai lu aussi que plus de 35 % d’entre eux venaient ici pour courir leur premier marathon. Pourtant, deux semaines plus tard, tu as un événement comme le marathon de Sénart en Seine-et-Marne, pour 3 fois moins cher, avec une organisation au top et un parcours hyper sympa entre ville et champs et surtout avec seulement 3000 participants. Moralité ? Sénart c’est moins cher mais aussi moins sexy…Ensuite, l’organisation est hyper rodée. Du départ à l’arrivée, pas de couac ni sur les ravitos, ni sur la sécurité du parcours, les animations musicales sont nombreuses (du rocker, des papys à trombone, des tambours, de l’électro dans les tunnels…), la zone d’arrivée est large et on te donne largement de quoi te réhydrater et t’alimenter. C’est un sentiment très agréable de savoir que tu n’as qu’à venir et profiter. Pour ce qui est des moins, je mettrais en premier lieu le prix du dossard. 100€ en moyenne pour 42,195km ça fait très mal, même avec une belle médaille et un t-shirt à l’arrivée. Paris n’est pas le marathon le plus cher du monde mais gagnerait certainement en capital sympathie avec un tarif plus accessible aux revenus plus modestes que ceux des cadres parisiens. L’autre point qui m’a un peu chagriné, c’est la prise en charge par les kinés à l’arrivée. Je ne suis pas Kilian Jornet donc j’étais assez fatigué et voulais me faire masser les jambes mais une personne de l’encadrement médical m’a informé que l’on ne pouvait me prendre en charge qu’en cas de blessure ou grave défaillance. Pas cool, d’autant que beaucoup d’autres courses proposent ce type de service à l’arrivée : l’Eco-Trail de Paris, les 100km de Millau, l’UTMB… Je comprends qu’on ne puisse pas s’occuper individuellement des 42 500 finishers en même temps mais c’est aussi un super moyen pour les étudiants en kiné et ostéo de se faire la main. En plus masser les jambes musclées d’un coureur aussi bien gaulax que moi c’est vachement plus sympa je trouve !

San Ku Kaï  : Si tu devais convaincre un coureur étranger de venir faire le marathon de Paris tu lui dirais quoi ? Et un marseillais ?

Capitaine-Flam : Two words : French cheese. Et que by the way on ne dit pas « baguette du fromage » mais « baguette avec du fromage ». Pour le marseillais c’est encore plus facile : on passe juste à côté du parc des Princes au 33ème kilomètre. L’occasion de passer faire un coucou à Nasser-El-Khelaifi !

San Ku Kaï  : C’est bon tu m’as convaincu, je vais peut-être aller te mettre une tôle en 2018 alors.

Capitaine-Flam : ah ah ah, je me marre…

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