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Le beau gosse Pierre-Ambroise Bosse est l’arbre qui cache la forêt

Par Gaël Couturier. Photos KMSP, IAAF.

Pierre-Ambroise Bosse est un champion. Il est médaillé d’or. Le seul de la délégation française pour le moment dans des championnats du monde dominés par les USA, le Kenya et l’Afrique du Sud, mais également la Chine, la Pologne, l’Ethiopie ou encore le royaume de Bahrain. L’équipe de France, c’est le royaume de la loose. La preuve.

On le sait tous désormais, tant les médias français n’en peuvent plus d’en parler, à 25 ans, le Nantais Pierre-Ambroise Bosse est devenu champion du monde du 800 m, mardi dernier, à Londres. Il a ainsi offert à la France le spectacle d’un combat rondement mené, digne des meilleurs bagarreurs que ce pays a jamais produit, mais également sa seconde médaille de ces championnats du monde….dans une discipline dont malheureusement tout le monde se fout. Si si, tout le monde s’en fout. Je ne remets pas en question la magnifique performance de notre Pierre-Ambroise national, ni son travail pour en arriver là et encore moins son talent mais, franchement, qui court des 800 mètres aujourd’hui, à part les lycéens en Converse dans les cours de sport obligatoire ? Personne.

Les 4 photos suivantes montrent les résultats du 10 000 m hommes et femmes du 4 août dernier.

La première médaille de la France, rappelons-le, est venu d’un autre vrai champion français : le perchiste Renaud Lavillenie. Elle est en bronze et c’est une déception pour cet athlète et pour la France. Ces championnats du monde, comme les JO et à part quelques disciplines pratiquées par la masse, j’ai nommé le hors stade et le demi-fond, sont des sports « spectacle » que personne ne pratique vraiment. Ce n’est ni mal ni bien, c’est simplement un fait. Quand un seul jeune français , il est né le 11 mai 1992 et détient depuis 2014 le record de France du 800 en 1’42 »53 et le record d’Europe du 600 mètres (Golden League de Birmingham, le 5 juin 2016 en 1’31 »21), performe au plus haut niveau mondiaux aux côtés des Mo Farah et autres Justin Gatlin (sans oublier Usain Bolt), on peut quand même se demander où est passé le reste de la délégation française, et en particulier les autres coureurs de demi-fond ou fond, les sports que pratiquent justement la masse des amateurs d’endurance que nous sommes. Pour s’en convaincre, je vous renvoie au site très bien fait de l’IAAF (iaaf.org), à ses pages de résultats et ses start-list que je reproduis ici. Regards sensibles s’abstenir : elles donnent littéralement froid dans le dos. Pourquoi ? Parce qu’il n’y aucun français.

Vous avez bien regardé les photos du 10 000 m ? Regardez maintenant les photos des startist du 5 000 m hommes et femmes à venir ce samedi (soir). Aucun drapeau français. Quelle tristesse.

Contre ceux qui prétendent qu’il faut défendre l’athlé’ français bec et ongles quoi qu’il arrive durant ces championnats du monde, je dis ceci : on parle bien de sport de compétition, oui ou non ? Alors, si oui, reconnaissons ensemble que le but est de vaincre, de s’imposer face aux autres athlètes, face aux autres nations. Il faut donc arrêter de se voiler la face et faire comme si la compétition…n’était pas la compétition ! Un athlète qui ne gagne pas c’est un athlète qui échoue et une nation qui ne gagne pas de médaille est une nation sportive de la loose. Je n’ai pas d’autres mots. La France, aujourd’hui, n’est pas à la hauteur de cet enjeu sportif, économique, politique. Il faut avoir le courage de le reconnaître.

Ce sport-là, ces championnats du monde, n’en doutons pas, c’est une guerre économique que se livrent les pays, pour dorer ou redorer leur blason sur le plan international. Les investissements financiers y sont colossaux de tous les côtés et les retombées potentiellement très importantes pour les pays qui remportent des médailles car ils brillent dans tous les médias internationaux autrement que par le nombre de tués dans un attentat terroriste ou un tremblement de terre. L’oublier, ou même prétendre le contraire, c’est tout simplement ne pas connaître le sport professionnel moderne et ses enjeux, et c’est aussi vivre dans le monde des bisounours.

La victoire est belle, mais rare, et elle coûte cher ! La compétition n’est pas finie, certes. Croisons les doigts pour une évolution rapide et positive. Mais arrêtons de nous gargariser de résultats médiocres, de défaites, de faux-départ, de chutes et de chronos qui s’allongent, de DNS ou DNF. Car tout cela n’est pas digne de la France et n’est certainement pas non plus l’expression de performances de haut niveau.

Les photos suivantes montrent les résultats du marathon hommes : là encore aucun français. Et pour cause : il n’y avait pas de français (et aucune française) sur les lignes de départ ! Si ça n’est pas la preuve que l’athlétisme français est en train de mourir, je ne sais pas ce qu’il vous faut…

Arrêtons donc de crier au sublime dès qu’un de nos athlètes se relève, qu’il se bat, qu’il ne baisse pas les bras. Se battre, se relever, ne pas abandonner quand c’est dur, c’est justement ce qui définit un athlète (ou un soldat) ! Se satisfaire de résultats médiocres, et bien c’est très petit bras justement, petit joueur. Est-ce que Kilian Jornet, il baisse les bras quand il se démet l’épaule sur la Hardrock 100 il y a quelques semaines,  l’une des courses de montagne les plus dures au monde ? Non, il se relève le gars, et il s’impose. Il ne se cherche pas d’excuses. Et il sera sur la start line de l’UTMB à la fin du mois. Les vrais champions sont rares que voulez-vous. En France, à Londres, nous en manquons.

J’enfonce le clou avec les photos suivantes qui montrent les résultats du marathon femmes. Comme je l’ai dit plus haut pour les hommes, ce sont les mêmes symptômes : aucune française au départ. La loose.

Heureusement que Yohann Diniz est encore là, malgré ses quasi-quarante ans. Voilà un vrai grand champion, un garçon qui ne s’avoue jamais vaincu, qui ne baisse pas les bras, qui se relève, qui se bat. Voilà un autre de nos plus beaux athlètes. Allez Yohann, fais nous rêver comme Pierre-Ambroise Bosse. A suivre dimanche matin, 7h45 du matin.

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