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Bosse, Mayer, Diniz, Lavillenie, Robert-Michon…ou des championnats du monde terminés en apothéose !

Par François-Xavier, en direct de la citadelle Incas du Machu Picchu, Pérou. Captures d’écran IAAF. Photos Nike & Agence KMSP.

Je tenais à faire le bilan de ces championnats du monde terminés pour moi en apothéose et notamment prendre le contre-pied du papier de mon rédacteur en chef « adoré », écrit au soir du sacre du fantasque Pierre-Ambroise Bosse sur 800 m, et sur lequel le fond ne m’a pas semblé outrageant. Il me paraissait toutefois essentiel de le nuancer. Après tout, on a le droit d’avoir des opinions contraires. Ça ne nous empêche pas de travailler (et de courir, ou vivre) ensemble.

L’équipe de France termine donc 4ème nation mondiale et 1ère nation européenne avec 5 breloques dont 3 en or. En terme de symbolique, celles-ci comptant plus que n’importe quel nombre de médailles d’argent ou bronze, comme aux JO.

Si l’on rajoute à ce total les 4èmes places de Mahiédine Mekhissi sur 3000 m steeple et de Garfield Darien sur 110 m haies après une course ratée dès les premières haies – 2ème temps des demies et favori pour l’argent derrière l’intouchable Omar Mcleod – le total aurait même pu être encore meilleur. Ces deux-là étaient attendus et ont perdu à la régulière. Rien à dire. On attendait en revanche rien de Jimmy Vicaut et Christophe Lemaitre c’est vrai, arrivés tous les deux sur une jambe après diverses blessures musculaires pendant leur préparation, un peu comme le roi Usain Bolt, foudroyé par deux fois pour les derniers championnats de sa carrière  – 3ème sur 100m et tristement blessé à 50 m de la ligne d’arrivée lors du relais 4 x 100m – voire même de Renaud Lavillenie qui a fait une saison très loin de ses standards à cause, lui aussi, de blessures à répétition.

On a d’ailleurs appris hier qu’il avait caché avoir eu un accident de moto lui ayant cassé une partie du ménisque. Sa 4ème médaille de bronze arrachée à 5,89m au dernier essai avait ainsi peut-être pour la première fois pour lui un goût de médaille d’or, allez savoir. Cette 7ème médaille consécutive en grand championnat pour le français, c’est mieux que le mythique Sergey Bubka  en terme de régularité, sans compter que notre petit français reste le recordman du monde avec 6,16m bon sang de bonsoir ! Mais Sam Kendricks l’américain était le plus fort sur la saison. Il était donc tout à fait logique de le voir remporter ce concours.

Qu’est-ce que nous disent exactement ces petits comptes d’apothicaire ? Que Lavilennie est un looooser qui n’a « qu’une » médaille d’or mondiale (JO 2012) contre une d’argent et quatre de bronze ? Ou plutôt, au contraire, que sa régularité fait de lui l’un des plus grands de son sport ? J’ai tendance à pencher pour la 2ème solution bien sûr. Notre équipe de France n’est jamais à la rue lors des grands rendez-vous. Elle est simplement à sa place, entre la 4ème et la 7ème nation mondiale. Il ne faut pas oublier qu’une génération incroyable précédente chez les féminines n’a pas encore trouvé de relève, ou alors très timide et qui brille plus souvent au niveau européen que mondial. Je souhaite à Floria Gueï de devenir un jour l’égale de José-Marie Pérec, mais elle part de loin. Christine Arron est toujours recordwoman d’Europe du 100 m (10’73 en 1998) et Muriel Hurtis n’a pas trouvé de successeur à son titre mondial sur 200 m en salle en 2003 (après déclassement de la vainqueur pour dopage). En revanche, à la longueur, le titre en plein air d’Eunice Barber de 2003 a été suivi par celui d’Eloïse Lesueur en salle en 2014. Au lancer du disque, Mélina Robert-Michon en est à trois médailles mondiales (argent aux JO 2016, argent aux monde 2013 et bronze en 2017). Comme quoi, la relève pousse !

Il est également vrai que le niveau chez les femmes est moins dense que chez les hommes où l’on retrouve un potentiel de médaillés mondiaux sur un paquet de disciplines :

– 100 m : Jimmy Vicaut, co-recordman d’Europe en 9’86, 3 finales mondiales consécutives à 25 ans
– 200 m : Christophe Lemaitre, médaillé de bronze aux mondiaux 2011 et JO 2016 sur 200 m et premier homme blanc sous les 10s au 100 m
– 110 m haies : Pascal Martinot-Lagarde, recordman de France en 12’95 et 4ème des JO de Rio en 2016 derrière Dimitri Bascou, un autre français. Enfin, Garfield Darien est lui triple vice-champion d’Europe, a un record à 13’09 et vient donc de manquer le bronze mondial pour 2 petits centièmes.
– 3000 m steeple : Mahiedine Mekhissi, 3 médailles olympiques consécutives (2 d’argent, une de bronze) et 2 mondiales (en bronze). Il a échoué d’un rien à la 4ème place à Londres cette année. C’est l’un des plus gros palmarès du sport français, quoi qu’on puisse penser du bonhomme.
– 50 km marche : Yohann Diniz, une médaille d’argent mondiale en 2007 et une en or en 2017. Trois fois champion d’Europe, actuel détenteur du record du monde en 3h32mn33.
– Perche : Renaud Lavillenie, sept médailles mondiales, 3 titres européens, recordman du monde devant le légendaire Sergueï Bubka (6,16m).
– Décathlon : Kévin Mayer, médaillé d’argent aux JO 2016 derrière la légende Ashton Eaton. Il vient de confirmer être devenu le nouveau patron de la discipline à 25 ans avec ce titre mondial à Londres.
– Triple saut : Teddy Thamgho, champion du monde en salle et en plein air, recordman du monde en salle (17,92m). Quand il ne se blesse pas, ce garçon est intouchable.

Alors oui, pour donner raison à mon ami Gaël, nous n’existons décidément pas sur quelques disciplines phares comme le 5000 m et le 10000 m et Stéphane Diagana (champion du monde 1997) et Marc Raquil (médaillé d’argent en 2003 après une ligne droite d’anthologie et un déclassement américain) attendent toujours leurs successeurs sur 400 m haies et 400 m tout court. Quand à notre dernier fait d’armes sur marathon, il remonte au titre de championne d’Europe en 2014 de Christelle Daunay, presque âgée de 40 ans, et c’est sans doute très frustrant de voir les USA, la Jamaïque, le Kenya, la Pologne ou la Grande-Bretagne performer dans ces disciplines alors que l’on devrait nous aussi légitimement avoir les moyens de sortir des champions. Notez que le grand champion Benoît Z a répondu sur ce point du marathon dans son intervention sur notre Facebook (à propos : que les gens bien élevés se rassurent : nous avons bientôt fini de faire le ménage et de bannir les trolls tout droit sortis d’un mauvais Games of Thrones). Mais il faut garder en tête que ces finales mondiales ne regroupent qu’une poignée d’athlètes, que ces sports subissent une concurrence infernale, parfois déloyales, et que les blessures y sont légion. Les hégémonies de Mo Farah et Usain Bolt sont donc des exceptions. Dommage qu’elles ne soient pas françaises, c’est vrai.

Pour conclure, je pense, moi, que nos athlètes se battent toujours comme des lions et sont tout aussi ambitieux que nos autres sportifs qui brillent au plus haut niveau mondial, comme nos escrimeurs, judokas, handballeurs, volleyeurs ou encore footballeurs. Le débat reste ouvert guys. Poliment cette fois j’espère. Je laisse maintenant la parole à Gaël. Pour conclure, il revient sur son texte du 10 août et les mauvaises interprétations qui en ont trop souvent été faites. Âmes sensibles s’abstenir…

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