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Mentez mentez, il en restera toujours quelque chose…

Par Cécile Bertein. Photos organisation.

Parents du Grand to Grand Ultra, une course par étape à cheval sur l’Utah et l’Arizona, les organisateurs américains ont lancé cette année le Mauna to Mauna Ultra, du nom du volcan de l’île de Big Island, Hawaii. Notre reporter Cécile Bertein est allé faire cette course cette année. Elle en est revenue…déçue. Voici pourquoi.

250km en autonomie alimentaire en 6 étapes et en 7 jours. Reprenant le format maintenant classique du Marathon des Sables, les participants doivent donc transporter dans le sac à dos la nourriture dont ils auront besoin pendant ces 7 jours, ainsi que leur duvet et tapis de sol, l’ensemble du matériel obligatoire (veste imperméable, doudoune, poncho, 2 lampes frontales, couverture de survie…) ainsi que tout ce qui relève du confort comme les vêtements de rechange, le kit santé… L’organisation fournit une tente, de l’eau chaude le soir au camp et de l’eau fraiche pendant la course. Particularité de cette organisation, contrairement à celle du Marathon des Sables : l’eau n’est pas rationnée.

Le parcours

C’est là que le problème s’est très vite posé. Alors que la bande annonce de la course nous faisait espérer cascades et forêts tropicales, lave et volcan… Hawaï quoi… dès le briefing et la remise du road book nous avons vite compris qu’il y avait un hic. Mon piètre niveau d’anglais me permettait tout de même de comprendre que le mot « road » apparaissait un peu trop souvent dans ce qui devait être un ultra trail.

Pour faire passer la pilule, on nous dit que le dénivelé sera finalement plus important avec plus de 6000m de D+ pour 4000 annoncés. Mais la réalité reste la même : c’est pas un trail ! Si je fais du trail c’est pour une raison. Et comble de l’ironie, j’ai la chance d’être suivie par un sponsor célèbre pour ses pneus : Michelin. Ce dernier espère devenir un acteur majeur du marché du running pour ses nouvelles semelles de trail, accrocheuses à souhait. Pour cette course une paire de running route aurait mieux convenu. Et ce n’est pas fini ! Les trois premiers jours de la course se déroulent dans ce qu’on appelle sur l’île la Rainforest qui porte très bien son nom. La pluie est là et bien là, quasi sans interruption pendant ce qui va vite devenir un cauchemar à coureurs. Les pieds restent trempés en permanence, les vêtements mouillés qu’il faut enfiler le matin, les chaussettes détrempées qu’il faut renfiler. Pas la peine d’en changer, le camp est lui-même inondé, à peine sortie de la tente, les chaussures sont de nouveau en mode « floc floc ». Il n’y a pas que les grenouilles qui sont à la fête, les ampoules aussi. Elle fleurissent un peu partout sur les pieds des ultra-traileurs dépités.

L’étape longue redonne presque du sourire aux lèvres avec un vrai trail de 80km qui ressemble à une 6000D locale. On monte au sommet de la montagne et on redescend par le même sentier. Difficile de se paumer ! Le soleil est même de nouveau de la partie avec en plus un camp au bord d’une petite plage qui offre le luxe d’avoir des douches publiques à disposition. Le jour off permettra de se préparer mentalement aux deux dernières étapes, sorte d’apothéose du grand n’importe quoi… Entre le semi-marathon sur la bande d’arrêt d’urgence de la nationale, la traversée improbable d’un terrain privé aride à souhait le long des barbelés, la traversée d’un chantier et un petit tour sur le golf du quartier, je crois qu’on nous a tout fait ! Ce n’est pas la doudoune qu’il fallait nous imposer mais le gilet jaune de sécurité !

Vous l’aurez compris, j’ai encore du mal à digérer cette course que l’on m’avait survendue. Je peux comprendre que parfois les désirs d’un organisateur s’éloignent un peu de la réalité mais fallait-il alors maintenir une première édition qui a dégouté bon nombre de participants qui vont s’empresser d’en dégouter les autres pour les éditions suivantes ? Sincèrement je me pose toujours la question. En attendant, vous l’aurez compris, si le parcours n’est pas remis à plat l’année prochaine et entièrement remanié pour enfin ressembler à ce qu’on est en droit d’attendre lorsque l’on va si loin et que l’on paye si cher (3600$ sans le vol), cette course vous pouvez l’oublier.

Infos : m2multra.com/home-m2m

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