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Il est bien l’homme de ces championnat du monde.

Par Gaël Couturier. Photos Nike.

Voilà que Rogue films, une boîte de production anglaise sort un petit film sur Mo Farah.  Littéralement « rogue » ça veut dire le gredin, le filou, la fripouille, bref, le gentil voyou des rues. Autant dire que cette boîte ne fait rien comme les autres, et c’est très bien. Alors que notre Mo Farah va s’attaquer demain à sa nouvelle, et sans doute dernière, médaille mondiale sur une épreuve dans un stade, ce petit film rend hommage à ce champion magnifique qui, le film le montre vraiment très bien, s’est entraîné comme une brute pour en arriver là. Et oui, il n’y a pas de secret. Mo Farah fait preuve de résilience et d’esprit de sacrifice, le tout avec le sourire. C’est la cerise sur le gâteau et c’est donc également le titre de ce film, « Smile ».

Ce film est une production en partenariat avec l’agence de pub Wieden+Kennedy et réalisée par Mark Zibert pour le compte de Rogue films et Nike donc. Quand Mo a gagné le 10 000 mètres aux JO de Londres en 2012, on aurait pu croire qu’il s’agissait là du sommet de sa carrière. Pour ceux qui ont oublié, avec encore trois tours à faire, le champion anglais s’est élancé dans un de ses sprints dont il a le secret. Et il s’est imposé. Avant de se jeter dans les bras de sa petite fille Rhianna et de sa femme enceinte Tania. Et une semaine plus tard, Mo Farah revenait pour la finale du 5 000 mètres. Sa femme attendait des jumeaux ? Il lui fallait donc deux médailles d’or. Dès le départ, Mo Farah prend de la distance avec ses adversaires qui cherchent à rester au contact. Belle preuve de performance tactique. Avec un autre de ses sprints, le jeune papa s’assure la victoire. « A ce moment-là, la foule m’a exprimé tout son amour, c’était incroyable a expliqué le champion anglais. Ça a changé ma vie, littéralement. Cette victoire était tellement importante pour moi. Quand vous avez 75 000 personnes qui scandent votre nom, c’est magique vous savez ».

Mo Farah est un garçon qui a toujours eu une idée bien précise de la force du chiffre 2, tout ce qui marche par paire, les chiffres binaires, le concept de la dualité. Mo a commencé par naître quelques minutes après son frère jumeaux, Hassan, en 1983, dans la ville de Mogadishu, en Somalie. A l’âge de 8 ans, sa famille déménage pour Londres, mais sans Hassan, malade. Quand la famille revient en Somalie quelques mois plus tard, au cœur de la guerre, pour récupérer leur enfant laissé derrière, celui-ci a malheureusement disparu. Autant dire que cette séparation a impacté la jeunesse de Mo Farah. Quand on l’interroge sur le sujet, l’athlète raconte des anecdotes où il a ressenti des émotions très fortes liées à l’état psychologique ou même physique de son propre frère. Contraint de s’adapter à sa nouvelle vie en Angleterre, c’est son cousin qui lui apprend ses premiers mots d’anglais. A l’école, les autres enfants ne lui mènent pas la vie facile. Mo Farah doit se battre, souvent au sens littéral. Il est alors rejeté, isolé, frustré. Au club de foot local, alors qu’il n’a aucun talent pour dribbler ou marquer des buts, il est en revanche assez doué pour courir, balle au pied. Et il se fait remarquer. L’entraîneur se rend compte d’une chose essentielle chez cet enfant : courir ne lui demande visiblement aucun effort. C’est comme ça qu’il est encouragé, dès ses 11 ans, à s’inscrire dans un club d’athlétisme.

« Je ne pense pas que j’aurais réussi comme je réussis aujourd’hui sans l’aide de ses adultes, nous a encore témoigné Mo Farah. En course à pied, personne n’est là pour vous couvrir, vous ne pouvez pas vous cacher. Si vous êtes dans un mauvais jour, tant pis pour vous. L’Equipe peut essayer de vous soutenir, un peu, le coach peut vous encourager, mais au final, personne ne va vous prendre par la main. Car vous êtes seul. Et ça peut être assez dur à vivre finalement. La course à pied n’est pas un sport pour les cœurs tendres, termine-t-il ».

C’est en 1997 que Mo Farah marque les esprits des premiers commentateurs professionnels, d’abord lors d’un championnat de cross chez les scolaires et puis aux championnat d’Europe du 5 000 mètres où il gagne sa première médaille d’or internationale. C’est à cette époque que le jeune mo Farah va pour la première fois en Floride, dans un camp d’entraînement qui lui fait prendre conscience de tout son potentiel dans ce sport. Pour subvenir à ses besoins, comme c’est coutume en Amérique du Nord, il travaille dans un fast-food mais également comme vendeur dans un magasin de sport. Ce n’est qu’en 2003 qu’il a assez d’argent de côté pour retourner en Somalie pour rechercher son frère. Les retrouvailles sont mémorables : « C’était une émotion extraordinaire, vraiment le meilleur feeling du monde » témoigne aujourd’hui le champion. De retour à Londres, sa carrière prend alors une tout autre tournure : fini les petites victoires, Mo Farah passe à la vitesse supérieure. Pour ce faire, il emménage en 2005 dans une nouvelle maison, avec des coureurs pro Kenyans. Ils lui révèlent quelques secrets et le marquent à jamais. « Je ne m’étais jamais entraîné si dur » raconte-t-il encore aujourd’hui. Quand j’ai vu ces mecs à l’entraînement, j’ai réalisé que j’allais devoir m’entraîner beaucoup plus durement pour parvenir à me battre contre eux et ceux qui leur ressemblaient. Depuis ce moment, j’ai mis la tête dans le guidon et je me suis concentré sur une seule chose : manger, dormir, m’entraîner. Depuis 2005, je n’ai jamais rien fait d’autre ».

En même temps que ses entraînements s’intensifiaient, ses résultats s’amélioraient. En 2006, Mo Farah gagne la médaille d’or aux championnat d’Europe de cross et améliore également très largement son chrono : de 13:30.53 il passe à 13:09.40. En 2008 pourtant, c’est un premier obstacle qui se dresse sur le parcours du jeune homme : aux J.O de Beijing, il n’atteint pas la finale du 5 000 mètres. « Personne ne se souvient jamais de celui qui termine 5ème dit-il, mais tout le monde se souvient toujours de celui qui finit le premier ». C’est avec cette philosophie et cette rage qu’il se met à améliorer ses entraînements. Désormais, Mo Farah ne s’entraîne pas plus, il s’entraîne mieux, et notamment avec des stages en altitude ; ce qu’il continue bien entendu de faire aujourd’hui. « Avant je pensais qu’il suffisait de courir plus. Aujourd’hui je sais qu’il faut aussi courir mieux, soulever des poids, se renforcer musculairement, travailler ses abdos, varier les intensités de course » raconte encore celui dont l’exercice préféré à l’entraînement reste le sprint. En 2011, il se sent prêt. Il change de coach et déménage. Sous contrat chez Nike, il se rapproche du mythique coach Alberto Salazar et pour cela déménage avec toute sa famille au fief de Nike, à Portland, Oregon, sur la côte Ouest américaine. « C’est ce que j’ai fait de mieux dans ma vie d’athlète pro commente-t-il. Avec mon partenaire d’entraînement l’américain Gallen Rupp, on avait totalement confiance en Alberto Salazar, un recordman du monde du marathon. Il n’est pas, lui non plus, arrivé là par hasard. Ce n’est tout simplement pas un coach comme les autres. C’est un type qui est passé par là, qui fait ce qu’il dit et qui ne lâche rien ».

Mo Farah est aujourd’hui l’un des coureurs à pied les plus performants mais il est également l’un des plus disciplinés. En s’entraînant souvent jusqu’à 200 km par semaine, chaque semaine, sauf lors des compétitions ou de moments de fatigue, Mo Farah pense qu’il a parcouru la distance entre l’Afrique et l’Amérique, au moins deux fois. « C’est le volume qui compte pour moi, poursuit l’athlète. Chaque semaine qui passe, chaque mois qui passe, je me renforce à l’entraînement. Les compétitions sont les moments les plus faciles pour moi. Cela demande des mois et des mois d’entrainement, d’isolement dans des camps d’entraînement très durs, sans pouvoir voir sa famille. Ça fait mal, bien sûr, mais je supporte tout. Je pense aux compétitions bien entendu, mais pour moi tout se joue à l’entraînement ». Un coach d’exception, des entraînements difficiles, des séances douloureuses de cryothérapie pour réduire les phases de récupération et une capacité à transformer les moments difficiles en force expliquent en partie la détermination et la concentration extrêmes de Mo Farah.

Une vilaine blessure en 2014, un record du monde en 2015, un échec au championnat du monde du semi-marathon (Mo Farah termine 5ème) ont contribué à renforcer encore davantage sa détermination. « Je suis un gars qui se fixe des buts. Les gens le savent. J’ai toujours fonctionné comme ça. Mes adversaires le savent. Et c’est de plus en plus dur, mais pas seulement pour moi : pour eux aussi ». Voilà pourquoi Mo Farah compte bien accrocher une nouvelle médaille d’or à son cou demain samedi et prouver, une fois de plus, à quel point il est un grand champion. « Le jour où tu en as marre, où tu ne prends plus de plaisir, c’est le jour où il faut raccrocher les pointes. Je n’en suis pas encore là. Je veux encore me battre, pour mes enfants, pour ma famille. Je veux vaincre, je veux marquer l’histoire, je veux continuer à marquer les esprits, ceux de mes enfants avant tout. Je veux les entendre dire : mon papa c’est le plus fort ».

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