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October 8, 2016, Kailua Kona, Hawaii, USA

Texte par Gaël Couturier & Laurie Canac, photos Gettyimages & Ironman

Kona, Hawaii. C’est le triathlon de tous les superlatifs : le plus beau, le plus important, le plus fou, le plus populaire. Chaque participant a dû se qualifier sur un autre Ironman. C’est la règle et c’est donc le cas de notre témoin, Laurie Canac, jeune française de 27 ans, journaliste à Itélé à Paris et qualifiée lors de son tout premier Ironman à Nice en juin dernier, avec un chrono de 11h15. A Hawaii, Laurie peine à passer sous les 12h mais termine quand même très très heureuse. Elle a accepté de revenir avec nous en images sur cet événement exceptionnel.

La zone de transition le matin juste avant le départ. Située sur le Kailua Pier, la jetée, elle est l’endroit où les triathlètes et les spectateurs se retrouvent tout au long de la journée.

« Le matin de la course alors que je vérifiais une dernière fois la pression des pneus et les ravitaillements sur le vélo, j’ai entendu un gros coup de canon : le départ des pros. A ce moment, on a le cœur qui bat et on se dit que ce triathlon sera forcément différent de tous les autres », Laurie Canac.

Contrairement à beaucoup d’épreuves Ironman désormais, le départ natation est un départ en masse : tout le monde en même temps ! Ça peut donner lieu à quelques bousculades mais la distance à parcourir, 3,86 km, ne fait plus peur à personne. Car à Hawaii, tous les triathlètes sont aguerris.

« Le départ se fait à 200 mètres de la plage, on a donc fait du sur place sans avoir pied un long moment. Ça se bousculait un peu pour avoir la meilleure place. Puis le coup de canon a résonné et c’est parti ! L’eau est translucide, on a même traversé des bancs de poissons ! », Laurie Canac.

Le parcours est un aller retour presque parallèle à la côte. L’eau est à 26 degrés et les combinaisons sont interdites. Au bout de quelques centaines de mètres, c’est une ligne épaisse et à peu près régulière de nageurs qui se créée. Les triathlètes sont les uns à côté des autres, les uns derrière les autres.

« Ça se donnait gentiment des coups dans l’eau mais rien de violent. On pouvait assez facilement se faire une place et nager tranquillement », Laurie Canac.

Triathlon de Kona : natation

Étonnante trajectoire du groupe de tête sur cette photo. La règle veut que les nageurs laissent toujours les bouées qui délimitent le parcours à leur droite. Pour « drafter » celui qui est devant et espérer profiter du même phénomène d’aspiration qu’à vélo, ces pros-là ont visiblement oublié de lever la tête. Il y a de la pression dans l’air…

Une image qui symbolise les mesures de sécurité mises en place pour les nageurs mais également la médiatisation mondiale de l’événement car, dans ces bateaux, il y a aussi des caméras et des photographes. La course était en live pendant plus de 8h sur Internet.

Le demi tour se fait là. Ici les hommes de tête. Notez le surfeur sur sa longue planche sur le côté droit du groupe. Il assure à la fois la sécurité et aide les nageurs à rester dans l’alignement du parcours.

« C’est à partir de ce bateau qu’on fait demi tour pour retourner sur la plage. On l’attend avec impatience quand on est dans l’eau. Anecdote : l’eau est tellement peu polluée qu’on est gêné en arrivant à proximité du bateau par son odeur de fuel », Laurie Canac.

Triathlon de Kona : cyclisme

L’allemand Per Bittner (en blanc) et l’Australien Timothy Van Berkel (en noir et vert) en pleine bataille sur le Queen Ka’ahumanu Highway. Le parcours fait 180 km avec 1772 m de D+ à faire en un aller-retour. Le demi tour se fait donc au bout de 90 km, dans la commune d’Hawi sur la côte nord de l’île, celle qui fait face à Maui. Le premier de ces messieurs roule en 5h02’…mais abandonnera après le vélo. DNF ! Van Berkel finira 19ème, juste derrière le premier français Cyril Viennot.

« Ça roule vite sur la première partie à vélo… Mais là c’est la première partie avant le vent et le coup de chaleur ! », Laurie Canac.

L’américaine Meredith Kessler fait aussi un gros vélo avec un temps de 5h07’. Trop rapide sans doute. Elle termine la course en 10h25’ mais après un marathon décevant en 4h19’.

« Sur une longue partie du parcours on traverse un parc volcanique… Tout autour de nous se trouvent des pierres volcaniques craquelées et des cavités formées par la lave. On se croirait sur une autre planète », Laurie Canac.

Au milieu des champs de lave. Après avoir nagé les 3,8 km en 48 minutes, le canadien Brent McMahon roule quant à lui en 4h38’ et termine l’épreuve en 8h45 à la 30ème place.

« Le parcours est quasiment en ligne droite avec beaucoup de faux plats et il fait très très très chaud », Laurie Canac.

Le parcours vélo est réputé pour être difficile car non seulement il y a de nombreux faux plats mais également un vent de face ou de côté qui peut être très violent et projeter les cyclistes à terre. C’est la raison pour laquelle les roues pleines sont interdites sur la course.

« Les paysages changent et à partir de ce moment là, le vent a commencé à se lever », Laurie Canac.

La suissesse Daniela Ryf, 29ans, a écrasé la course de bout en bout. Ses chronos égalent ceux des meilleurs pros masculins du circuit puisqu’elle termine à la 31ème place du classement général, loin devant des pros reconnus comme l’australien Luke McKenzie,  l’américain Jordan Rapp ou encore le canadien Trevor Wurtele. Elle met aussi presque 25 minutes à sa première poursuivante, l’Australienne Mirinda Cafrae, pourtant triple vainqueur à Hawaii (2010, 2013, 2014).

« Les pros sont parties une heure avant les groupes d’âge femmes, j’ai donc croisé Danyela Ryf qui revenait à vélo… Une fusée ! », Laurie Canac.

L’allemand Sebastian Kienle, vainqueur en 2014, n’est pas sorti de l’eau dans les tous premiers (il nage en 52’27’’). Il est en revanche l’auteur d’un formidable vélo (2ème temps derrière Boris Stein, un autre allemand) en 4h23’55’’. A pied, il tente d’accrocher Jan Frodeno mais se fait distancer, avant de passer la ligne 3’30’’ après ce dernier, et monte ainsi sur la 2ème marche du podium.

« Même en descente à cause du vent il faut pousser sur les jambes. On ne s’arrête jamais. Attention aussi au coup de vent et aux chutes ! », Laurie Canac.

Cyril Viennot, 34 ans, premier français. Auteur d’une belle course, il rentre dans un top 20 dominé par l’Allemagne : 5 allemands dans le top 10 ! Notez que le licencié à Beauvais, champion du monde longue distance ITU en 2015, court en Hoka One One, marque d’origine française, sponsor officiel du marathon à Kona.

« Sur la première partie de la course à pied on traverse la ville et on longe le Pacifique… Il y a beaucoup de spectateurs, on est porté par l’ambiance. Après, c’est plus dur… », Laurie Canac.

Triathlon de Kona : running

Le marathon de l’Ironman World Championship n’est pas toujours une partie de plaisir. Il fait chaud, humide et en dehors du centre ville, vous êtes souvent bien seul au monde. Heureusement que l’américain Ben Hoffman a encore toute sa tête pour suivre les flèches du parcours – et les trois allemands qui le précèdent – et ne se laisse pas désorienter par les signes au sol destinés aux automobilistes bien sûr.

Ben Hoffman toujours, à la lutte pour ne pas laisser revenir son premier poursuivant, l’allemand Andi Boecherer qui n’est qu’à 25 secondes. Les autres, Tim O’Donnell ou Boris Stein sont encore à 2-3 minutes.

« Le sol est jonché de messages de soutien, ça fait du bien quand on voit celui écrit pour nous ! », Laurie Canac.

Le longiligne Jan Frodeno, 1m94, 76 kg, 34 ans, a lui aussi dominé la course de bout en bout, même s’il est resté prudent à vélo, attendant son heure au milieu du groupe de tête. Frodeno sort premier de l’eau avec l’américain Andy Potts en 48’02’’, fait l’un des meilleur temps vélo en 4h29’ et court un incroyable marathon en 2h45’34’’. Temps final : 8h06’30’’ et deuxième victoire d’affilée à Kona.

« La fusée, chez les hommes, c’est lui. Il a franchi la ligne d’arrivée quand j’ai posé mon vélo. Très sympa, il a toujours le sourire quand on le croise », Laurie Canac.

Jan Frodeno court en Asics, tout comme Daniela Ryf. Une bonne nouvelle pour la marque Tokyote alors que tant de nouvelles autres marques se font de plus en plus pressantes sur le marché de l’endurance (Hoka One One, Skechers, Altra, On…)

« Il semble souffrir un peu sur cette deuxième partie de la course à pied, là où il n’y a pas de spectateurs », Laurie Canac.

L’arrivée sur Ali’i Drive est toujours noire de monde. C’est ici qu’ont été intronisés les champions d’hier : Dave Scott, Mark Allen, Luc Van Lierde, Peter Reid, Tim DeBoom, Chris McCormack, Craig Alexander, Paula Newby-Fraser, Natascha Badmann, Chrissie Wellington…

« Quand on aperçoit cette grande arche de loin, des ailes nous poussent, les jambes reviennent, on sait que l’objectif est bientôt atteint et ça fait du bien ! », Laurie Canac.

Triathlon de Kona : finisher !

Jan Frodeno entouré des deux légendes de la course : Dave Scott à gauche et Mark Allen à droite. Dans les années 80-90, les deux hommes se sont livrés à des batailles épiques. Les deux totalisent 6 victoires chacun, 3 consécutives pour Dave Scott (1982 – 1984) et 5 pour Allen (1989 – 1993). Un record.

Patrick Lange, le 3ème allemand du podium fait le meilleur chrono sur marathon de la course depuis…toujours ! Il bat le record de Mark Allen établi en 1989 de 19 petites secondes. Une belle surprise pour ce spécialiste du duathlon entrainé par le fantasque Faris Al-Sultan, lui-même vainqueur de la course en 2005. Après avoir été champion du monde militaire en 2008, Lange se place à nouveau sur le podium d’un championnat du monde, avec fracas.

Daniela Ryf nage en 52’50’’, roule en 4h52’ et court le marathon en 2h56’. Temps final : 8h46’46’’ !!! Impressionnant.

« J’ai vu plusieurs triathlètes applaudir Ryf sur la course à pied quand ils la croisaient. Elle a véritablement dominé la course du début à la fin », Laurie Canac.

Shirin Gerami, une iranienne de 27 ans passe la ligne après plus de 13h de course. On est loin des petites tenues habituelles des triathlètes occidentales ou asiatiques. On imagine le combat que cette jeune femme a dû mener dans son pays, ne serait-ce que pour s’entraîner. Un symbole d’ouverture ?

« J’ai fait une partie du vélo avec elle. Elle devait avoir bien chaud en étant ainsi couverte de la tête au pied. A chaque fois qu’on la dépassait elle nous encourageait d’un sympatique « good luck ». Respect », Laurie Canac.

L’anglaise Jennifer Tait passe la ligne en dernière position. A 55 ans, elle a nagé en 1h45, roulé en 8h17 et couru en 6h39. Total : 16h57’52’’, 2 minutes avant la fermeture de la course. « Jennifer Tait, you’re an Ironman » !

« Elle est la dernière mais elle l’a fait ! Et le lendemain c’est avec son visage que titraient les journaux d’Hawaii, c’est ça l’esprit Ironman », Laurie Canac.

La couronne de fleur hawaiienne sur la tête, Jan Frodeno revient saluer la foule, quelques minutes après sa victoire. Prochaine édition : octobre 2017. Peut-être l’année d’un triplé pour cet extraordinaire allemand.

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