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Paris-Versailles, ou le récit de l’insolence.

Chronique de Garance Blaut. Photos Paris Versailles / Adidas.

25 000 participants étaient réunis dimanche matin pour fêter la 40e édition de cette classique de 16 km née en 1976. Si la course a été gagnée par deux éthiopiens, Getinet Gedamu et Chaltu Dida Negasa, deux petits français ont également brillé : Thierry Guibault et Garance Blaut. Si le beau militaire a tenu le choc après s’être également imposé au dernier marathon du Médoc où nous étions, la svelte Garance, ingénieur dans la vraie vie (Centrale s’il vous plaît !), originaire de la Réunion et coureuse amatrice éclairée chez les Adidas Barbès Runners, nous a encore surpris…et amusés. Mais quel talent vraiment ! La preuve avec cette chronique dont elle est l’auteur, réalisée post-event, les muscles encore tout chauds, et déjà bien appréciée sur les réseaux sociaux. On est fan. On en redemande.

Je l’avais annoncé : l’objectif sportif n’était pas le Paris-Versailles mais la coupe de France de duathlon la semaine suivante. Il fallait donc ruser pour intégrer la course à la préparation, sans se griller les guiboles…Samedi soir 23h, consignes reçues d’Alexandre qui gère de tous les côtés ses poulains en championnat. Réveil avancé de 15 minutes ce dimanche matin pour programmer dans la montre l’entraînement prévu et être certaine de suivre les allures décidées. Je me fais très peu confiance en ce qui concerne la tenue d’une allure en compétition qui soit autre que   « d’ aller au carton » ; sur le Paris-Versailles qui plus est, avec ses formes rondes si proches de celles des courses en montagne. Mais hop, la tête a épousé l’idée, sortie longue ce sera. Je me repose sur ma montre. Ses bips seront les métronomes de mes pas. Celle-ci n’indique même pas l’allure au kilomètre, c’est dire !

Le Vélib dans Paris endormi le dimanche matin est un plaisir à ne pas sacrifier, même s’il implique de voleter autour de la dame de fer pour le poser car hé, évidemment, les bornes du champ de Mars sont condamnées ! 9h, brasserie près de la belle. Rencontre avec les pontes d’Adidas, briefing de Salah, échanges avec Romain Barras.

« Un café ? »
« Allez ! »

Je ne pousse pas le vice jusqu’à en commander un viennois, pas d’objectif de chrono mais un entraînement à passer tout de même ! Pas de botanique sur le fartlek ! De toute façon sur les quais les fleurs ne sont pas légion (sauf de la bouche des supporters, wouhou). Sous les boiseries l’excitation est palpable. Des étincelles fusent de sous nos semelles ; le dossard est un combustible de choix. Je valide avec Salah mon intention de courir en fartlek ; rude décision au sein de l’agitation collective, d’autant plus que j’aimerais me mesurer à mon moi de 2016… Mais la maturité, n’est-ce pas aussi la force de se tempérer ? Comme disait ma soeur Hi Ppo il y a 15 ans : « mieux vaut un bon petit bonbon qu’un gros bonbon pas bon ». Objectif duathlon le 30/09, be reasonable Gagagarance, be reasonable.

9h30, la petite armée en noir et blanc trottine vers le Champ de Mars. Le père de Romulus et Remus, parrain non officiel de la course depuis 40 ans, veille au grain sur ses bergers guerriers. 100 dévots jouent aux gammes dans l’autel du sas prèf’. Culte du corps, culte de Mars : les ronds de cuisse de Paris font écho aux levers de coude de midi. Pan, le départ ! Pas trop vite Garance, tes consignes sont moulées au profil de la belle. 5 blocs de 3 minutes, récup 1 minute, à effectuer sur les 6 km de plat. C’est dense, et pour les caler avant la côte, il ne faut pas trop flâner.

1 minute, 2 minutes d’échauffement, allez go le fractio ! S’ensuit une portion de course très amusante et décalée. Projection psychique des mecs que je double lors de mes intervalles de dératée, et qui me reprennent en récup’ :

– « Mais elle va beaucoup trop vite cette nana, elle va se griller ! »
– « Ah qu’est-ce que je disais, son accélération aura fait long feu la voilà qui trottine. »
– « Mais ?! Elle remet ça… ? La garce ! »

Mon cerveau est accordé sur le tic-tac de la montre ; aucun tracas d’allure ni de gestion de course. Les pieds suivent mécaniquement les consignes. Je kiffe. Je scrute les supporters (où sont Elodie et Clio, queens of the game ?), je reconnais la route, je m’applique sur le fartlek en pensant à la côte qui sera ma récup’.

Elle arrive.
La voilà.
A monter en souplesse.

– « Bravo 615 ! 2ème femme ! »
– « Courage mademoiselle ne lâchez rien dans la montée ! »

Chut, les gens ! Ne me tentez pas ! J’ai un plan à suivre, je dois me reposer sur cette côte…

– « Allez Garance go go go ! Super !”

Merci, mais laissez-moi tranquille… C’est m’agiter du chocolat sous le nez, alors que je viens de me brosser les dents… Je tiens bon, je la monte souple, c’est agréable et en plus elle passe vite. Le sommet… Wesh je détends les bras et les épaules, pour les caméras (« Mais siii Alex, je travaille ma technique de couse, check la vidéo ! ») et retrouve Xavier Fotsé, par l’odeur du fartlek alléché. La côte a dégainé, les Gardes sont désarmés, il est temps de laper. Pas de quartier ! C’est parti pour 10 fois 30’’ -30’’. Les cuisses brillent moins par leur fraîcheur que par la sueur de cette demi-course, mais les sentiers boisés leur changent les esprits. Forêt de guiboles contre jambes de bois.

De nouveau je m’amuse, c’est extrêmement ludique de fractionner en course. Les notions de vitesse et de distance s’émoussent. Je ne regarde pas une seule fois ma montre, je l’écoute tout du long. Néanmoins, au fur et à mesure que la série se consume, une crainte monte. Je n’ai plus de consignes. Que faire une fois l’exercice achevé ? Terminer en souplesse, après une course si pleine et si originale ? Et puis les supporters m’annoncent 2ème, si c’est vrai c’est dingue…Xavier m’interroge.

– « On maintient la place et on déroule ! » lui réponds-je.

Et on déroule.

Montées-descentes, ces montagnes russes en terres versaillaises ont le sourire taquin. Après mes yoyos d’allure sur plus de 10 bornes, en garder une constante m’ennuie presque.

– « Ce n’est pas fun en fait, d’aller vite tout le temps ! »

La monotonie n’a pas le temps de s’installer, déjà se dressent les tilleuls royaux. Sous les pavés, l’arche d’arrivée ! Dernier kilomètre : forza ! Aucune idée de l’heure, aucune idée du temps, juste une discrète sensation d’imposture et une bonne envie de rigoler. Quelle arrivée cavalière ! Et quelle surprise ! Mon temps de l’an dernier amélioré d’une minute (1h00’28), un contrat rempli sur tous les plans, le bonheur de partager le podium avec Samantha Fecteau. Et l’euphorie partagée des 500 coureurs White&Black, qui trottaient eux aussi la Classique ! Bon, seul piège dans lequel je me suis étalée, tartinée, ai nagé en apnée : les quizz sans choix multiples de ces messieurs à micros, qui te demandent ton ressenti et ton parfum de glace préféré alors que tu ne peux que sourire niaisement. Flûte alors. Bilan : un pochoir de course ultra singulier (ai-je percé la technique ultime ?), des jambes qui répondent sacrément bien malgré la charge de vélo de la veille : il ne reste plus qu’à valider l’essai la semaine prochaine sur la coupe de duathlon. Au diable les alouettes comme dirait l’autre !

Petit infos : 41e édition déjà programmée pour le dimanche 30 septembre 2018

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