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Le 33ème marathon du Médoc n’a pas manqué de nous impressionner

Par Gaël Couturier, 3-times finisher.

Le marathon du Médoc est un des plus beaux du monde. Légèrement délirant mais jamais de mauvais goût, son organisation est quasiment sans faille. Avec son ambiance de carnaval inoubliable, ses châteaux préservés, son vin délicieux qui coule à flots tout au long des 42 km – et même avant ! –  ses fameux 200 kg d’entrecôtes grillées du km 39 et tous ses bénévoles aux petits soins, nous le plaçons aisément sur le même niveau que n’importe quel Major dont peuvent se targuer Tokyo, Boston, Londres, Berlin, Chicago et New York. La preuve : cette année encore, les médias internationaux se sont pressés pour couvrir l’événement. 14 équipes de télévisions étrangères avaient en effet fait le déplacement à Pauillac, ce samedi 9 septembre dernier. Impressionnant !

Il est important de le noter : ce sont 3 500 bénévoles qui oeuvrent toute l’année à la réussite de ce week-end sportif / festif. Le marathon du Médoc compte 22 points de dégustation de vins sur le parcours, plus de 50 châteaux traversés, des ravitaillements tous les 2,5 km et des coureurs du monde entier qui se déplacent et rivalisent souvent d’ingéniosité dans les déguisements, sans oublier un comité d’organisation dirigé par des viticulteurs, des médecins et d’autres personnalités locales qui s’investissent avec une vive passion pour mettre en valeur cette belle région que le monde nous envie. Voilà ce qu’est le marathon du Médoc ! C’est une institution. Nous y étions pour courir, boire et manger (repeat) mais aussi constater qu’elle n’a pas pris une ride. 

Voici pourquoi il faut aller faire et refaire le marathon du médoc.

L’interview arrosée du président !

Vincent Fabre est viticulteur en appellation Médoc et Margaux (domaines-fabre.fr), marathonien bien sûr et président de l’AMCM, l’Association pour le Marathon des Châteaux du Médoc, depuis 9 ans. « J’avais signé pour un an et puis voilà… » raconte-t-il en souriant. C’est donc lui aujourd’hui le chef d’orchestre de toute cette organisation. Nous l’avons interrogé quelques jours après la course. Ecoutez l’interview en podcast ou lisez-là ci-après. On vous rassure : ni lui ni moi n’avions bu de vin !

Running Café : Ce parcours est vraiment magique. Bravo ! Est-ce qu’il change d’une année sur l’autre au gré des accords de participations, ou des refus, des différents châteaux ?

Vincent Fabre : Nous n’avons jamais de désistement de châteaux. C’est simple : cela n’existe pas. Par contre nous avons régulièrement de nouveaux châteaux qui souhaitent rentrer dans notre organisation et, malheureusement, nous sommes souvent obligés de dire non, tout en promettant de les inclure l’année d’après. Cette année autour du village de Saint-Estèphe par exemple, nous accueillions deux nouveaux châteaux : château Lafon Rochet (km 27) et château Lilian-Ladouys (km 28). Au total, les coureurs ont traversé 55 châteaux. Lorsque nous ne repassons pas par certains châteaux, d’une année sur l’autre, comme par exemple Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande ou encore Château Lynch-Bages, c’est tout simplement parce qu’ils sont en travaux pour quelques temps, parfois plusieurs années. Le marathon ne fait que 42 km et on ne peut malheureusement pas accueillir tout le monde.

Running Café : Votre réponse me surprend. J’imaginais qu’il était difficile de convaincre des propriétaires de vous ouvrir la porte de leur château pour y laisser pénétrer des milliers de coureurs fous furieux. On imagine aisément que tout ce vin gracieusement distribué, ce personnel qu’il faut rémunérer un samedi, ces lieux qu’il faut nettoyer…tout cela représente un coût non négligeable pour eux. Quel est leur intérêt, se faire de la pub ?

Vincent Fabre : Bien sûr que cela représente un coût ! Et nous sommes d’ailleurs très reconnaissants envers les  propriétés viticoles qui nous accueillent ainsi les bras ouverts sans nous faire payer un seul centime d’euro. Mais vous savez, je crois que le succès d’une telle épreuve, c’est la synergie de toutes les forces vives d’un pays. Notre association compte 110 membres dont 50 qui représentent la cheville ouvrière de ce marathon mais ne font que le mettre en musique, c’est le cas de le dire. Ce ne sont donc pas ces 50 personnes-là, à elles toutes seules, qui font le succès du marathon. Nous, nous ne faisons que mettre en cohérence toutes les forces vives de ce pays du Médoc afin d’accueillir dans les meilleures conditions possibles, les 8500 coureurs qui viennent de 75 pays. On double la population du Médoc durant ce weekend, en passant de 15 000 à aisément 30 000 personnes ! Ce sont donc les mairies, les collectivités territoriales, les collectivités de commune, la préfecture, les gendarmes, les pompiers, les hôteliers, les restaurateurs…sans oublier tout le monde viticole qui, ensemble créent un événement un peu fou mais pertinent.

Running Café : Oui, j’imagine aisément ce que vous me racontez mais laissez-moi revenir sur ma question : quel est l’intérêt pour un château d’ouvrir ses portes à vos coureurs ? Je ne comprends pas.

Vincent Fabre : Le château, et son propriétaire, à titre personnel, vous avez raison : aucun. Mais quand vous mettez tous ces châteaux bout à bout, vous imaginez bien que vous offrez un plateau très cohérent et extrêmement attractif à un public. Il s’agit donc, et oui, d’un gain de notoriété extrêmement important pour la région. Et puis vous savez, nous autres les viticulteurs, nous sommes habitués à travailler ensemble, dans notre métier de tous les jours. C’est dans notre mentalité et c’est donc pour nous quelque chose qui rentre dans une logique naturelle.

Running Café : Vos bénévoles sont formidables d’ailleurs. Ce n’est pas toujours simple quand on est une course hors stade de réunir autant de bénévoles aussi énergiques et dévoués si ?

Vincent Fabre : Sans un esprit volontaire et d’abnégation de la part de tout le monde, nous ne pourrions pas monter une telle organisation. C’est vrai. Chaque responsable de secteur gère ses bénévoles. Vous avez un responsable pour la remise des dossards, un responsable pour la ligne de départ, un responsable pour la musique, un responsable pour la ligne d’arrivée, etc, etc…. Prenez la simple remise des dossards par exemple : c’est 120 bénévoles qui travaillent d’arrache pied toute une semaine, du lundi au vendredi. Vous ne trouveriez pas un tel élan, une telle abnégation, je le répète, avec des salariés dans une entreprise privée. Personnellement, je n’y crois pas. Ces bénévoles ne comptent pas leurs heures, ils ne comptent pas leur temps. En ce qui concerne leur recrutement, bien sûr que c’est un travail à l’année. D’autant que, plus qu’un simple marathon, nous organisons tout un weekend, avec une prise en charge qui démarre dès le vendredi soir. Le samedi il y a un dîner, un bal dansant, un feu d’artifice. Et le dimanche, c’est la même chose : il y a une ballade de récupération avec un déjeuner. Il s’agit donc bien de quasiment trois jours pleins, festifs autour du sport et avec comme mot d’ordre la convivialité ainsi que la fête. Mais attention, la fête ce n’est pas la beuverie dans tous les sens. Ça nous arrive de recadrer des coureurs, mais c’est rare. Il y en a bien un ou deux par an mais pas plus. On y fait très attention car on ne tient pas bien sûr à ce que ce soit le grand débordement, le grand n’importe quoi.

Running Café : Je cherche la petite bête mais je sais que beaucoup de coureurs attendaient avec impatience le premier ravitaillement dit du « petit déjeuner ». Malheureusement, les croissants promis se sont vite envolés et il n’y avait plus rien quand ils sont arrivés. Je sais aussi qu’il fallait faire la queue pour avoir de tout petit bouts d’entrecôte grillée et que beaucoup de coureurs n’ont pas vu la couleur des crèmes glacées promises. Qu’est-ce qui s’est passé : vous êtes victimes de votre succès ?

Vincent Fabre : Mais il y a 600 litres de glace qui sont offerts ! Je vais reprendre point par point. Le ravitaillement du    « petit déjeuner » cela fait trois ans qu’il existe. La réglementation nous impose un ravitaillement tous les 5 km mais nous en avons tous les 2,5 km ! Ça fait donc deux fois plus. Là dessus, on rajoute les ravitaillements « bonus » qui sont le petit déjeuner, l’entrecôte, les huitres, la glace….

Running Café : Oui mais justement : tout ça c’est très bien mais enfin si vous les annoncez il faut les tenir… !

Vincent Fabre : J’y reviens. Concernant le petit déjeuner, nous avons depuis 3 ans le même fournisseur avec qui cela se passe très bien. Mais cette année, la responsable logistique est tombée malade et a été remplacée au pied levé par une stagiaire qui a fait une erreur. Nous avions commandé 4000 croissants, 4000 pains au chocolat et autant de petits canelés. On avait donc 12 000 viennoiseries de prévues. Tous les cannelés ont bien été livrés mais nous n’avons eu que 800 croissants et 800 pains au chocolat. Alors évidemment, le jour de la course, à 6h du matin, quand notre responsable logistique a reçu la livraison et s’est aperçu de l’erreur, il était trop tard pour réagir. La pauvre responsable logistique de l’entreprise de viennoiseries, qui avait par ailleurs immédiatement interrompu son week-end pour comprendre ce qui s’était passé et se rendre sur place, a eu du mal à s’en remettre et ne voulait même plus nous facturer les viennoiseries livrées ! Vous savez, nous avons plusieurs centaines de fournisseurs divers et variés qui opèrent tous au sein d’une organisation rigoureuse, d’une chronologie extrêmement serrée et d’un planning quasi militaire. Alors le moindre grain de sable nous fait bien sûr aller dans le mur.

Running Café : Bon bon, et l’entrecôte alors ? Elle m’a manquée moi l’entrecôte !

Vincent Fabre : Mais c’est comme les années précédentes ! Il faut garder en tête que c’est une dégustation : on ne vient pas sur le marathon du Médoc faire un repas entier à base de viande grillée. Cette année, je ne sais pas si c’est à cause de la pluie, si c’est parce que les gens se sont réfugiés sous les tentes des ravitos et ont donc plus mangé que d’habitude, mais dans le cas de l’entrecôte, c’est vrai que les derniers n’ont pas eu grand chose. Les bénévoles sont là pour éviter les débordements et éviter que les premiers coureurs ne se jettent dessus. Quant à la glace, c’est pareil : elle est un peu victime de son succès je dois dire. La logistique,  c’est un vrai défi. La perfection est le but recherché mais, il faut le reconnaitre, jamais atteint à 100%.

Running Café : Le choix du thème de cette année a vu, je crois, un bon nombre de participants se limiter à porter un tee-shirt des années 80, ou une vague casquette avec un faux 33 tours accroché dessus. D’autres n’étaient pas non plus déguisés. Ce thème des 33 tours était-il une fausse-bonne idée selon vous ?

Vincent Fabre : Ah, là, pardon, mais je ne vous suis pas. Je vous invite à aller voir les images vidéo ou les photos et vous verrez qu’on a 95% de coureurs déguisés. Bien sûr, en focalisant sur une période de l’histoire de la musique, on s’attendait à avoir le même genre de déguisements chez beaucoup de gens. Ces déguisements, c’est aussi ce qui fait le charme de ce marathon. Ce sont les coureurs eux-mêmes qui font le show et ça c’est exceptionnel.

Running Café : Vous avez raison. Peut-on imaginer à l’avenir de donner des prix aux plus beaux déguisements comme c’est par exemple le cas sur certaines courses nord-américaines ?

Vincent Fabre : Mais c’est déjà fait ! Vous avez raté ça ! Il fallait venir à la remise des prix. En individuels, les plus beaux déguisements sont récompensés. On a même un comité en interne de 5 femmes qui attendent les coureurs à l’arrivée, qui donnent un ticket aux trois vainqueurs ainsi que rendez-vous à la remise des prix. On récompense également les chars.

Running Café : Allez, un scoop : quel sera le thème de l’an prochain ?

Vincent Fabre : C’est « fête foraine » ! On travaille toujours sur deux marathons en même temps donc, oui, on connaît déjà le thème de l’an prochain. La date ? Le 8 septembre 2018.

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