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Du verglas et des hourras pour la 64ème SaintéLyon

Par Clivia Potot-Delmas. Photos Gilles Reboisson / Extra-Sports.
Le 2 décembre dernier avait lieu la 64e édition de la Saintélyon. La doyenne des courses nature en France réunissait cette année pas moins de 17 000 passionnés. Du parcours mythique de 72km à un format ultra-accessible de 12km, il y en avait pour tous les goûts avec un invité surprise de choix : la neige. Tombée en abondance sur les hauteurs l’avant-veille de la course, elle avait recouvert les 40 premiers kilomètres du parcours laissant présager d’une expérience unique et difficile.
Du verglas et des hourras pour la 64ème SaintéLyon
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C’est dans ces conditions que j’ai pris le départ de la Saintexpress, un format de 44km dont le départ est donné à 23h00 de Sainte-Catherine (Rhône). La vraie aventure démarre sur les coups de 21 heures par une cohue sans nom. Devant la Halle Tony Garnier de Lyon, qui accueille le temps du week-end les festivités de la course, la foule se presse pour monter dans un bus en direction du départ. Il y a ceux qui sont impatients et les anciens qui répètent à l’envie: « mieux vaut attendre ici, là-haut ça caille vraiment ! ». C’est vrai que la température frôle le 0 et la nuit n’a pas commencé. Je prends les derniers bus avec quelques compagnons importés de la grisaille parisienne. Il est 23h16 quand je m’élance enfin. C’est un mélange d’appréhension et d’excitation qui m’anime. Il y a une ambiance « Saintélyon », les gens se parlent, parfois se retrouvent en route : « Salut Robert ! Bien depuis l’an dernier ? ».  Très vite la neige est de la partie mais l’enthousiasme reste général.
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Qui veut voyager loin…

« Marche Clivia, marche », la voix de mon acolyte de course me sort de mes rêveries. Nous arriverons bientôt au sommet et son conseil est le bienvenu. C’est qu’avec ma préparation (une prépa ? Quelle prépa ?), il vaut mieux en garder sous le pied pour être sûr de franchir la ligne d’arrivée. Le bal des frontales semblables à de longs filaments guide mes pas tandis que la nuit avance. Nous arrivons, non sans mal au premier ravitaillement. Il faut dire que le verglas ralentit la progression. Les chutes sont nombreuses dans le peloton et la peur de me blesser ne me quitte plus. Je pense, « si on ne peut pas courir en monter et pas courir en descente, on n’est pas rendu ! ». A Saint-Genou, je fais connaissance avec le ravitaillement. Et je ne suis pas déçue ! Boissons chaudes, froides de quoi manger à foison. L’organisation a mis les petits plats dans les grands, faut dire qu’ils sont rompus à l’exercice. Les kilomètres suivants défilent et nous arrivons au ravitaillement suivant en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, du moins j’ai l’impression. En réalité, 1h45 s’est écoulée, mais que voulez-vous, on ne voit pas le temps passer quand on s’amuse ! C’est le moment pour moi de quitter Alix avec qui j’avais fait la route jusqu’ici, contrainte à l’abandon.

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Les genoux, ce n’est pas si important

Mes jambes répondent si bien, que je me dis qu’il est temps de donner plus de rythme ce qui me vaudra un quiproquo des plus amusants. Alors que je dépasse une groupe de runners, l’un d’eux me félicite avant de souffler à son ami : « tu te rends compte, on vient de se faire doubler par la première féminine ! ». Je m’amuse de cette méprise qui semble avoir mis à mal l’égo de mon coureur, mais il faut bien reconnaître que les femmes, on en voit peu sur la Saintélyon. A peine un quart des inscrits sont des inscrites. D’ailleurs, au dernier ravitaillement, une bénévole sympathique s’en émeut en me voyant : « ça fait une heure que je n’ai pas servi de femme ! Allez courage. » Quant à la véritable première féminine, Caroline Chaverot, elle bouclera la distance Reine en 6h37’ alors que son homologue masculin Emmanuel Meyssat signera sa deuxième victoire consécutive sur l’épreuve (5h18’). A 5 kilomètres de l’arrivée, je commence à trouver le temps long. La fatigue pointe le bout de son nez et mes genoux sont douloureux. Les dernières montées sur le bitume les ont abîmés et le long escalier qui nous amène des hauteurs de Lyon jusque sur les quais finissent de les achever. Mais il n’y a plus rien qui compte, encore un pont à traverser et la grande halle Tony Garnier m’ouvre ses portes. J’ai à peine le temps de réaliser que je suis finisher.

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Quel bilan ?

Foncez. La Saintélyon, c’est une institution, une machine bien huilée qui promet de grands moments. Promesse tenue, j’y ai vécu une course suspendue, hors du temps. Le parcours, mi-chemin mi-route permet aux amoureux du bitume de se lancer sur un trail sans se sentir défaillir et aux autres de trouver leur compte de sensations. La météo fait partie du folklore. Sans ce suspense qui tient pendant des jours les coureurs en haleine, la Sainté – comme disent les initiés – ne serait pas la Sainté ! N’hésitez plus.

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Et chez les pros ?

La doyenne de la grande classique pré-hivernale est restée cette année fidèle à sa légende avec la neige tombée l’avant-veille du départ et qui a recouvert les 40 premiers km du parcours. Les 17 000 concurrents engagés sur 7 formules (dont 7 000 solos sur la formule reine de 72 km) auront donc eu droit à leur part de mythe, comme les pionniers de la première édition en 1952, ou d’autres éditions épiques comme 1990 ou plus récemment 2010. Le long serpent de frontales n’est jamais aussi beau que sur fond blanc, avec la lune en renfort. Une course magique mais rendue plus difficile par des températures négatives, renforcées par un vent du nord soutenu et des portions glissantes.

Du verglas et des hourras pour la 64ème SaintéLyon
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La SaintéLyon 2017 confirme donc son statut d’épreuve populaire, rendez-vous culte de fin de saison. Le plateau élite présent sur le 72 km était cette année exceptionnel avec pas moins d’une grosse dizaine de favoris tant sur la course féminine que masculine. Parmi eux, Emmanuel Meyssat voulait finir en beauté sa meilleure saison depuis sa victoire à la Saintélyon en 2016. Champion de France 2017 de course en montagne et de trail court, le vainqueur sortant, qui réside dans les Monts du Lyonnais, était en confiance, très préparé, et sur un terrain qu’il connaît bien, ses chemins d’entraînement. Aux avant-postes dès le km 16 en compagnie de Jérémy Pignard, international de 100 km, vainqueur du Sparnatrail 2017, Emmanuel s’est retrouvé seul en tête à partir du 35ème km. A partir du Signal de Saint-André, point culminant de la course, il n’a cessé d’augmenter son avance. Il s’impose en 5h18’01 ». Derrière lui, Jérémy Pignard s’est livré à une belle lutte avec Tony Moulai, ex-triathlète international, 5ème de la SaintéLyon 2016 auteur d’une belle remontée. Mais il conserve finalement sa deuxième place en 5h29’46 ». C’est Benoît Cori, vainqueur de la SaintéLyon en 2013 et 2015, qui complète le podium en 5h32’51 », après une spectaculaire remontée sur le finish.
Du verglas et des hourras pour la 64ème SaintéLyon
Du verglas et des hourras pour la 64ème SaintéLyon
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Chez les femmes

La tenante du titre Juliette Bénédicto a bien tenté de remettre ça, avec une certaine audace. En tête dès les premiers kilomètres, elle a su résister jusqu’au 35ème km au retour de la favorite logique Caroline Chaverot, championne du monde de trail 2016 et sans doute une des meilleures spécialistes mondiales de la discipline. L’expérience de Caroline Chaverot a fait la décision sur ce parcours très roulant, elle qui est plus à l’aise en montagne. Elle terrasse toutes ses adversaires sur la deuxième moitié du parcours et s’impose en 6h39’37 ». Jennifer Lemoine en 6h56’3 » et Aline Coquard 6h59’37 » complètent le podium. Sylvaine Cussot, toujours abonnée au top 5 se classe 4eme. Malgré des conditions climatiques difficiles, qui auront causé l’abandon de nombreuses favorites, cette édition enregistre un nombre de finishers records avec plus de 14 500 classés, toutes courses confondues.

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