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Du goudron et des plumes

Par la rédaction & Cors Van Den Brink pour l’IAAF. Photos Mizuno.

Chose rare, nous allons vous raconter ce qui s’est passé ce week-end aux Pays-Bas, chez les pros africains engagés dans le TCS Amsterdam Marathon. Chose rare, oui, parce que Running Café s’intéresse généralement plus au lifestyle, au glamour, et à la performance de nos chaussures et autres « apparels » de running, qu’à celle des meilleurs spécialistes du goudron et de leurs lièvres anonymes aussi rapides que Buzz l’éclair.

Mais pour les geek set autres amoureux sans faille des records et des chronos en 2h et des poussières, cet article vous est dédié : enjoy ! Parce que chez Running Café, d’un point de vue purement médiatique (on n’est pas dans le show business pour rien), un Ironman d’Hawaii hyper spectaculaire nous fera toujours plus rêver qu’un énième marathon européen sans nom sous la grisaille d’automne. Même chose pour les batailles sur un UTMB, une Western States ou un Grand Raid de la Réunion (c’est ce week-end !) : elles auront toujours le goût qui pique tellement plus fort d’un piment mexicain « muy muy pequeño » mais aussi très très « mucho calor » là tout de suite dans la bouche qu’on oubliera jamais.

Bien sûr il y a New-York (c’est bientôt !), Londres, Berlin, Boston, Tokyo et les championnats du monde ou les JO. On ne saurait s’en passer. Bien sûr. Et puis un jour, là, comme ça, on se dit « tiens…allez » c’est mercredi, on va parler d’Amsterdam. Une preuve de plus donc que nous aimons, pardon, nous adorons, le marathon, cette distance aussi mythique que difficile. On l’avoue donc sans peine, parfois, s’intéresser de près à une bataille à plus de 20 km/h sur du tout plat entre Kenyans et Ethiopiens que nous ne connaissions pas peut, certainement, nous faire vibrer. La preuve en quelques mots ici bas.

Brisons tout de suite le suspense. C’est le Kenyan Lawrence Cherono qui s’est imposé au dernier TCS Amsterdam Marathon, dimanche dernier, dans le top 20 des marathons les plus rapides du monde, avec un chrono de 2h05’09 », enlevant ainsi une minute complète à son propre record sur la distance. La température du jour, très importante pour ces élites, était idéale car elle avoisinait les 14°C au départ. Elle est graduellement montée pour atteindre les 20°C quand ceux-ci ont pénétré dans le stade olympique, peu avant la ligne d’arrivée. Au final, Lawrence Cherono est suivi de près par deux autres compatriotes Kenyan, Nobert Kigen (2h05’13 ») et Abraham Kiptum (2h05’26 »). Chez les femmes, c’est l’Ethopienne Tadelech Bekele qui s’impose en 2h21’54 », 45 secondes à peine du record de l’épreuve. Elle devance de près de 3 minutes ses poursuivantes Gladys Chesir la Kenyane (2h24’51 ») et Azmera Abreha l’Ethiopienne (2h25’23 »). La fête s’est surtout déroulée chez les amateurs, comme en témoignent toutes ces photos dignes d’une ambiance exceptionnelle. Le TCS Amsterdam Marathon est-elle une course à faire ? Apparement oui.

Toujours chez les pros, tandis que les amateurs battaient le pavé en s’amusant (beaucoup), un groupe assez conséquent d’environs 20 coureurs menait la danse dès le départ et parcourait les cinq premiers km en 14’56 ». Ces coureurs ont ensuite atteint la barre des 10 km en 29’52 ». Les lièvres  s’appelaient Albert Kangogo, Sammy Kitwara ou encore Edwin Koech. Tous des Kenyans. Au km 20, tout ce petit monde passe en 59’50 » puis au semi en 1h02’50 ». C’est à ce moment-là que le vent  commence à leur souffler dans le dos, offrant ainsi la possibilité d’un bon « negative split ». Le km 25 est passé en 1h14’42 », confirmant cette prédiction. Le dernier lièvre quitte lui la course au km 28 et c’est au tour de Lawrence Cherono de prendre les devants. Il atteint sans mal le km 30 en 1h29’52 » mais est suivi de très très près par Wilson Chebet (Kenya), triple vainqueur de l’épreuve. Wilson Chebet visiblement souffre, mais tient bon.

Abraham Kiptum et Amos Kipruto, un autre Kenyan, sont à la poursuite. Nobert Kigen et l’éthiopien Mule Wasihun sont également tout proches. Au km 35, le premier de ces hommes passe en 1h44’22 », semblant démontrer que le record de l’épreuve détenu par le Kenyan Daniel Wanjiru ne sera pas battu (chrono de 2h05’21 » réalisé le 16 octobre 2016). Au niveau du Vondelpark, entre les km 38 et 40, à l’approche du stade olympique, Lawrence Cherono, Nobert Kigen et Abraham Kiptum conservent encore un peu d’énergie. Il mettent le turbo et accélèrent encore. Mais très vite, Abraham Kiptum craque. Il laisse partir ses deux compères qui se battent jusqu’au bout. Dans ce stade d’Amsterdam, c’est le sprint. Lawrence Cherono va plus vite. Il passe en 2h05’09 ». Nobert Kigen ne peut rien faire. Il termine 4 secondes derrière son ainé.

De ses neufs marathons, Lawrence Cherono en a remporté quatre et a fini sur le podium huit fois. Pas mal ! Le 9 avril dernier, il a ainsi par exemple fini second du marathon de Rotterdam avec un chrono de 2h06’21 ». A Amsterdam, il s’est exprimé sur la ligne d’arrivée : « Bien sûr, je suis vraiment très heureux de ce résultat. Au début, dans le premier semi, nous avions le vent de face mais à partir du 25ème environs, c’était nettement plus facile. Je voulais faire un chrono rapide alors j’ai un peu forcé. Je ne savais pas que j’allais gagner car j’ai eu du mal à me défaire du groupe puis de mes poursuivants. Jusqu’au bout, j’étais dans le doute. Mais bon, voilà, je me suis bien battu et je n’ai rien lâché. Du coup je monte sur la plus haute marche du podium, tant mieux ».

Quant au jeune et prometteur Nobert Kigen, 24 ans, il a quant même réussi à améliorer son meilleur temps (2h06’07 » à Séoul) de presque une minute. Le troisième larron, Abraham Kiptum, a lui par contre amélioré son chrono de plus de 6 minutes ! Les 4ème et 5ème, respectivement Mule Wasihun (2h05’39 ») et Amos Kipruto (2h05’43 »), un éthiopien et un kenyan, passent également sous les 2h06′. C’est donc la deuxième fois qu’un marathon – après Dubai – voit les cinq premiers finishers sous les 2h06′.

Chez ces dames, trois athlètes étaient en lice pour la victoire, du moins pendant le premier semi. Emmenées elles aussi bien entendu par des lièvres, la kenyane Caroline Rotich et les deux éthiopiennes Tadelech Bekele et Genet Yalew passent la ligne des 10 km en 33’16 » avant d’atteindre très vite le semi en 1h10’12 ». A ce moment-là, un record de l’épreuve est à leur portée. Au km 25, c’est Tadelech Bekele qui prend les devants. Elle passe devant ses comparses, les laisse littéralement sur place et finit la course seule. Elle n’écrase pas le record de la course, non, mais enlève tout de même 30 secondes à son meilleur chrono et s’impose en 2h21’54 ».

C’est la jeune et toute débutante Kenyane Gladys Chesir Kiptagelai qui termine seconde, en 2h24’51 », après avoir fourni un bel effort sur le second semi-marathon et s’être installée juste derrière Tadelech Bekele dès que Genet Yalew a décidé d’abandonner. Deux autres Kenyanes suivent ce classement : Azmera Abreha en 2h25’22 » et l’ancienne spécialiste de la piste Viola Kibiwot en 2h25’32 ». « Je me suis sentie très bien jusqu’au km 35 mais après ça j’ai eu l’estomac retourné. Cela ne m’a tout de même pas empêcher de très bien terminer et je suis donc très heureuse du résultat » a expliqué la gagnante Tadelech Bekele.

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