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Finir le Marathon Des Sables c’est bien.

Par Gaël Couturier, 6 fois finisher. Photos © Marathon des Sables.
Suite et fin de la belle aventure Marathon Des Sables avec petit coup de gueule contre certains coureurs (et journalistes). Parce que finir le Marathon Des Sables c’est bien. Mais finir avec un bon chrono, bien sûr c’est mieux. Un petit peu mieux. Mais bon. Dans le fond on s’en fout. Grave.
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5

Ce qui est bien avec un marathon, un vrai 42,195 km je veux dire, c’est qu’on sait à quoi s’attendre. Tout ceux qui participent au Marathon Des Sables visualisent en effet aisément cette distance. Ils l’ont forcement déjà courue sur route, sur trail aussi bien sûr. Par conséquent, une fois rentré au camp sain et sauf après la longue étape de 86 km, et à moins de gros pépins de santé récoltés les jours précédents, évidemment, la dernière étape, l’étape “marathon”, est une f-o-r-m-a-l-i-t-é. Oui je sais, ça semble dingue comme ça d’écrire que 42 km dans le Sahara sous les 30-40 degrés avec un vent d’enfer et du sable dans les yeux du début à la fin (dans la bouche aussi) c’est une formalité. Il faut sans doute le vivre pour écrire ça.

Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5

Polémique. Mon dieu que j’aime les polémiques !

L’arrivée tardive dans la grande étape, mais dans les temps, du dossard 473, un anglais charmant de 72 ans prénommé Mahmut, me permet de faire un aparté sur des commentaires bien étroits d’esprit  – à mon avis même totalement déplacés – entendus de la bouche de certains coureurs et journalistes. À les entendre, ce vieux monsieur, qui a, c’est vrai, passé la ligne le dos presque plié en deux et avec une pauvre petite mine, mais en gardant le sourire, aurait mieux fait de s’arrêter avant, de ne pas finir donc, et, d’après eux, ainsi de protéger son intégrité physique. Mouais…

Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5

Ça m’énerve.

 

Ou la la que ça m’énerve ce genre de commentaires. Pourquoi quand un élite, membre de l’Equipe de France, que je nomme pas, fait un malaise lors d’un championnat du monde d’athlétisme ou des JO, parce qu’il pousse la machine jusqu’au point de rupture, ça ne dérange personne, on crie au génie et au courage, mais quand un amateur fait également preuve de belle générosité dans l’effort ça nous dérange ?! Je précise aussi que pendant les 10 min précédentes, ces coureurs et journalistes n’ont eu de cesse de se congratuler sur leurs super chronos et leur super classements. C’est vrai qu’ils ont bien performé sur ce Marathon Des Sables ces cocos. Bravo les gars. Sincèrement. Super. Vous avez bien performé … au Marathon Des Sables. Ça ne va pas plus loin que ça. Ça reste donc dans le Sahara. Vous n’avez pas battu un record du monde, gagné un prix Nobel ou sauvé la planète. Donc calmons-nous.

 

Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5

Poursuivons.

Je trouve donc que critiquer le type ou la fille lambda, l’anonyme, qui va au bout et se fait mal, pour de bon, c’est non seulement totalement tyrannique et contre le principe des libertés individuelles : ce n’est ni plus ni moins que vouloir empêcher au plus grand nombre d’être simplement finisher d’une épreuve comme le Marathon Des Sables, ou autre. Ou autre ? Oui, je pense ainsi à ces critiques qui s’élèvent contre ces finishers américains en 6-7-8h du marathon de NYC. Bien sûr il faut un cut-off, un temps limite. Bien sûr. Mais pourquoi diable vouloir empêcher quelqu’un de faire un marathon plus en marchant qu’en courant si c’est dans le règlement de la course ?! N’est-ce pas tout aussi honorable pour une personne en surpoids ou un handicapé de se lancer un tel défi et d’y parvenir ?! Tout le monde n’est pas capable de courir à 13 ou 15 km/h figurez-vous. Sur marathon ou même quelques centaines de mètres. Non, nous ne sommes pas tous des machines de guerre.

Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5

La victoire des coureurs les plus lents (les plus gros) nous grandit tous.

Le raisonnement qui se cache derrière ces commentaires aigris ne me semble pas être très démocratique, ou même républicain. Je ne vais pas pousser le bouchon trop loin en criant au fascisme, mais je termine quand même en rappelant qu’à part les vainqueurs hommes et femmes de ces épreuves, on ne se souvient d’aucun autre nom. Jamais. Et non. Et donc quant on y réfléchit, à un certain niveau de pensée, entre un petit coureur français relativement rapide (journaliste ou pas) qui termine le Marathon Des Sables dans le top 100 et un amateur moins rapide qui termine lui aussi la course dans les délais mais au-delà de la 700eme place par exemple….et bien pour 99,99% d’entre nous, il n’y a absolument aucune différence. Non.

La seule vraie différence qui compte, c’est entre ceux qui terminent et ceux qui ne terminent pas. Soit tu es finisher, soit tu ne l’es pas. Soit tu as fait le Marathon Des Sables soit tu ne l’as pas fait. Et ça vaut pour d’autres courses longues et hors stade aussi. Point. Ensuite, et seulement ensuite, on peut bien sûr parler chronos et classements. Mais vous verrez que rapidement tout le monde s’en fout – à part ceux qui se prennent au sérieux (trop).

Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5
Marathon des Sables 2018 : étape 5

C’est donc aussi à ca que sert le Marathon Des Sables : à te remettre à ta place de petit coureur que tu es.

Et donc vouloir interdire à un anonyme d’aller au bout de son rêve, quitte à y laisser une épaule, un peu de son dos ou bien quelques orteils, pour la vie, c’est une vision bien rétrograde, bien fermée, petit joueur même. C’est même la preuve à mon avis que les victoires sur eux-mêmes de ces petits anonymes-là menacent les égos surdimensionnés de ces autres coureurs – plus rapides oui mais tout autant petits.

Je me demande bien pourquoi. Ah bah si, ça y est j’ai trouvé : c’est parce que soit tu es finisher, soit tu ne l’es pas. Le reste, très franchement, je crois qu’on s’en fout en fait. Grave.

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