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Les stats du plus vieux 100 miles du monde.

Par Gaël Couturier avec les information données par ultralive.net (Kara Teklinski et Monique Winkler).

Avant de reparler de la Hardrock 100 Mile Endurance Run dans un prochain article, et notamment de la performance du petit Espagnol Kilian Jornet que beaucoup de commentateurs français avaient jusqu’ici visiblement pris pour un simple coureur de stade, j’aimerais revenir un instant sur cette formidable épreuve qu’est la Western States® 100-Mile Endurance Run. D’abord parce qu’elle est la plus vielle du monde et que sa longévité, et donc sa popularité, est très intéressante à étudier mais aussi parce que les organisateurs de cette course californienne ont émis des statistiques particulièrement révélatrices du marché du trail running outre atlantique et donc mondial. Si si, mondial. Si l’on veut bien admettre que cette Western States ® 100-Mile Endurance Run est une des 3-4 courses les plus populaires au monde, toutes catégories confondues (avec la marathon de New-York, l’UTMB, la Hardrock 100 et sans aucune doute le Marathon Des Sables) son microcosme de coureurs est une fenêtre ouverte sur la planète endurance.

La Western States® 100-Mile Endurance Run s’est déroulé les 24-25 juin dernier en Californie. Elle est donc la plus vieille course d’ultra de 100 miles, une distance de référence aux USA qui s’est peu à peu imposée dans le monde entier, et notamment sur notre UTMB (100 miles = 160,9 km). La  Western States® part de Squaw Valley, à côté du site des JO d’hiver de 1960, et se termine 161,2 km plus tard, très précisément, sur le stade de la Placer High School de la petite ville d’Auburn. La course a été officialisée en 1974 et son parcours emprunte un sentier historique, le Western States Trail sur lequel les coureurs subissent 5486 D+ et 7010 D-. la course est donc rapide. Rien à voir avec cette autre épreuve mythique américaine dont je vous parlais en préambule, la Hardrock 100 sur laquelle, promis, juré, craché, je reviendrai ASAP. Cette Western States® 100-Mile Endurance Run sent bon les chercheurs d’or d’antan et est en quelque sorte une illustration moderne et sportive des nombreux combats qu’ont dû mener certains de ces pionniers, partis à la conquête de l’Ouest en général, et du territoire de la Californie en particulier. Sur la ligne d’arrivée d’Auburn, les finishers se voient remettre une boucle de ceinture en argent, s’ils terminent en moins de 24h (sub-24 en anglais), et en bronze s’ils terminent en moins de 30h (sub-30 en anglais toujours). Ceux qui terminent au-delà de 30h…ne sont tout simplement pas classés (DNF!!!). Le cut-off final est donc de 30h. Ça va vous suivez ?

L’Histoire de la Western States® 100-Mile Endurance Run

En 1955, un californien du nom de Wendell T. Robie et cinq autres copains cavaliers émérites parcourent ce Western States Trail. Il est parti de la poste de la ville de Tahoe et a décidé de rejoindre la ville d’Auburn en 24h maximum juste pour prouver qu’on peut parcourir 100 miles à cheval en une journée. Notre bon Wendell T. Robie fonde ensuite la Western States Trail Foundation au sein de laquelle il a la bonne idée d’organiser chaque année une course identique à son propre périple. Elle prend le nom de Tevis Cup « 100 Miles – One Day » Ride. En 1974, sous les encouragements de Drucilla Barner, la première femme a avoir gagné cette fameuse Tevis Cup « 100 Miles – One Day » Ride, un certain Gordy Ainsleigh, un fada, décide d’accompagner la chevauché en courant. Il termine en 23h et 45 min. L’année suivante, en 1975, un autre coureur, Ron Kelley tente l’aventure mais abandonne à près de 3 km de l’arrivée, alors qu’il lui reste encore du temps pour finir dans les temps. En 1976, Ken “Cowman” Shirk termine l’épreuve, passant juste après 23h30′ de course. En 1977, 14 coureurs se pressent au départ. C’est la toute première Western States Endurance Run et elle se court à l’époque encore en même temps que la Tevis Cup « 100 Miles – One Day » Ride à cheval. Un médecin, le Dr. Bob Lind est dépêché pour surveiller la santé des athlètes. Il se déplace dans les trois ravitaillements prévus pour les chevaux et dans lesquels s’affairent plutôt des vétérinaires. Les coureurs sont autonomes, sauf pour l’eau bien sûr. Sur les 14 partants, trois seulement finissent l’épreuve et un jeune homme de 22 ans, Andy Gonzales, établit un nouveau record : 22h57′. Peter Mattei et Ralph Paffenbarger le suivent, âgés respectivement de 53 et 54 ans, en 28h36′. Le classement moins de 30h est né !

En 1977, le bureau directeur de la  Western States Endurance Run est formé au sein de la Western States Trail Foundation. Il est composé de coureurs à pied et de cavaliers expérimentés. En 1978, beaucoup de coureurs veulent s’inscrire à la course. Sa notoriété grandit et la course existe désormais par elle-même, enfin indépendante de l’épreuve à cheval. La course est d’ailleurs avancée d’un mois, en juin. 21 points de ravitaillement sont créés pour les coureurs, ainsi que 6 points de passage médicaux obligatoires. 63 coureurs se présentent cette année-là au départ. La première femme, Pat Smythe, termine en 29h34.

En 1979, 143 coureurs de 21 états américains différents et trois pays étrangers sont inscrits à la course. Depuis, la Western States® 100-Mile Endurance Run fait le plein de trailers venus du monde entier et un des points les plus singuliers de l’inscription, hormis le tirage au sort, est la nécessité de produire la preuve que vous avez participé à 8h de bénévolat dans l’environnement de la nature et du trail running. Avis aux amateurs !

 

Les photos suivantes montrent (1) la coupe du parcours pour mieux comprendre à quel dénivelé il faut s’attendre (le départ est à droite, l’arrivée est à gauche), (2) le tracé du parcours pour le visualiser d’un point de vue géographique, et enfin (3) le top 30 de cette année (juin 2017). Notez que le premier français pointe à la 16ème place. Il s’agit d’Erik Clavery, un coureur Adidas et Raidlight (erikclavery.com).

Les tendances du marché 2017

Comme depuis plusieurs années, les organisateurs ont encore fait passer un questionnaire au 369 coureurs qui ont pris le départ de cette course. 341 d’entre eux ont répondu. Il y a eu par ailleurs 248 finisher contre 280 l’année dernière. Les questions posées aux athlètes étaient, entre autre : quelle est la marque de vos chaussures, quelle est la marque de vos chaussettes, quelle est la marque de votre sac à dos, quelle est la marque de votre lampe frontale, avez-vous fait appel à un coach pour préparer cet événement et avez-vous suivi un régime alimentaire particulier ?

Les chaussures

C’est la 3ème année consécutive qu’Hoka One One est la marque la plus populaire de tous les finishers. Belle consécration pour les trois fondateurs français dont l’idée de départ a été en partie inspirée par le Grand Raid de la Réunion. Altra, la jeune marque de l’Utah, fait encore un bon : elle passe de 16% en 2016 à 23% cette année, ce qui la place très largement en seconde position. Derrière, Salomon parvient à se hisser devant Brooks. Il est intéressant de noter que 31% des finishers les plus rapides, ceux qui terminent en moins de 24h, portent Altra et non plus Hoka One One.

Altra avait généré nombres de rejets, au mieux, moqueries, au pire, de la part de l’ensemble du marché quand ses trois jeunes créateurs (Golden Harper, Brian Beckstead, Jeremy Howlett) avaient sollicités les uns et les autres pour les aider à commercialiser leur nouveau concept de chaussure (zéro drop et avant-pied plus large). Altra, Hoka One One : deux jeunes marques qui ont ici battu à plat de coutures les équipementiers historiques Adidas et Asics en tête. Notons tout de même la belle remontée de Nike qui (avec 4% seulement) est au même niveau qu’une Saucony et dépasse d’un point les New Balance, La Sportiva et Pearl Izumi. Brooks et Salomon se partagent, quasi ex-aequo, la 3ème place, mais loin derrière.

Salomon, malgré les frasques épiques de leur icône Kilian Jornet à l’UTMB, au sommet de l’Everest et sur la Hardrock 100 comme je l’écrivais plus haut, n’a pas réussi à conserver son avance en trail running d’il y a quelques années, quand elle faisait partie des quelques marques les plus novatrices dans ce domaine du trail running. Les raisons sont multiples et cela donnera, je l’espère, lieu à un prochain sujet ici-même. Brooks de son côté, très bien positionné sur le segment course sur route depuis toujours, parvient à se maintenir à flot, sans doute aidé sur le continent nord-américain par l’aura de sa légendaire icône : le grand Scott Jurek, qui a d’ailleurs justement gagné cette Western States ® 100-Mile Endurance Run, 7 fois de suite, de 1999 à 2005. 7 fois de suite !!!!

Les photos suivantes montrent (1) la répartition en % des marques de chaussures portées par tous les coureurs – finishers ou non, et (2) la répartition en % de celles portées par les finishers en moins de 24h (sub-24).

Les chaussettes

Là encore, c’est intéressant. D’abord parce que les marques françaises ou distribuées en France sont peu présentes. Ensuite Injinji, la marque qui a inventé les chaussettes à doigts (injinji.com), continue d’être la marque préférée des coureurs sur cette course, de tous les coureurs de cette course même. Mais plus les chronos sont rapides et plus la marque est remplacée par Dry Max, une autre marque californienne (drymaxsports.com).

Injinji a été créé au tout début des années 2000 par deux frères originaire du Honduras (le père) et de l’Espagne (la mère) : Randuz and Joaquin Romay, un commercial pour Berkenstock. Pas très organisés, ces deux-là n’ont pas réussi à garder la licence de leur création. Randuz et Joaquin ont vendu, perdu tout leur argent et sont aujourd’hui bien loin d’être les millionnaires qu’on aurait pu imaginer vu le succès incroyable de leur marque. Et c’est bien triste pour eux. Au dernières nouvelles, l’un vivrait même dans sa voiture. Le business c’est le business aux USA.

Autre belle entreprise qui se démarque un peu du lot : Balega (balega.com). La particularité de cette entreprise Américano-sud-africaine est un design complexe et performant avec, notamment, une épaisseur sous le pied bien amortissante. A noter aussi l’apparition de Stance, la marque rock’n roll qui reprend des parts de marché chez les coureurs sub-24h et prouvent donc qu’elle n’est pas que mode & style.

Les photos suivantes montrent (1) la répartition en % des marques de chaussettes portées par tous les coureurs – finishers ou non, et (2) la répartition en % de celles portées par les sub-24 finishers.

Coaching ou pas coaching ?

Petit rappel afin de ne pas tout mélanger. Souvenons-nous que ces statistiques concernent un segment très particulier de la course à pied : l’ultra trail running Nord-américain. Concernant le coaching donc, ou le fait de faire appel à un coach pour améliorer ses entraînements et donc ses performances, étonnamment, bien peu de ces dits coureurs s’en servent : 24% des partants seulement (contre 41% en 2016), 25% des finishers seulement et 19% des finishers sub-24 seulement (contre 17,5% en 2016). Peut-être que les ultra trailers sont des gens plus indépendants que les autres, et/ou qu’ils n’aiment pas avoir à suivre un plan d’entraînement précis. Allez savoir. La question reste en suspend my friends.

Lampes frontales

3ème année consécutive, Petzl est la marque préférée des coureurs finishers, même si son % est en légère baisse par rapport à l’an passé. Ses concurrents directs sont Black Diamond et, un tout petit peu, Princeton Tech, une marque US qu’on parvient encore à trouver en France. En 2016, seul le vainqueur Andrew Miller n’a pas eu à utiliser de lampes frontales – trop rapide le garçon – contrairement à 5 finishers en 2015. Cette année, le vainqueur sud-africain Ryan Sandes a lui bel et bien utilisé une lampe frontale sur les derniers km de la course.

Les photos du dessus montrent donc 1) la répartition en % des marques de lampes frontales de tous les participants (sauf Ryan Sandes donc), 2) la répartition en % de celles utilisées par les finishers en moins de 30h et 3) la répartition en % de celles utilisées par les finishers en moins de 24h.

Sacs à dos

La marque Ultimate Direction (né en 1985 à Boulder dans le Colorado des mains expertes de Bryce Thatcher) confirme sa supériorité sur l’ensemble des coureurs, partants ou finishers, même si elle est en légère baisse par rapport à l’an dernier. C’est donc bien la marque à suivre en ce moment en terme de sac à dos pour pratiquer l’ultra (la marque sponsorise Scott Jurek, Anton Krupicka, Krissy Moehl, Jason Schlarb, Timothy Olson, Nikki Kimball ou encore Jared Campbell et Michael Wolfe). Salomon et Nathan sont juste derrière UD : Salomon est devant pour les finishers en moins de 30h, Nathan est devant pour les finishers en moins de 24h. Si l’an passé, beaucoup de coureurs (19% des finishers et 32% des finisher sub-24) ne portaient pas de sacs à dos mais avaient des gourdes qui s’attachent aux mains (handheld bottles, en anglais), cette année, ils ne représentent que 5% à peine. La raison ? Une météo particulièrement chaude et annoncée de longue date qui a poussé les coureurs à s’équiper de sac à dos dont les contenances des poches à eau sont bien supérieures à celles des handhelds.

Les photos suivantes montrent 1) la répartition en % des marques de sacs portés par tous les participants, 2) la répartition en % des marques de sacs portés par tous les finishers (ce qui donne globalement le même résultat même si la part d’UD augmente encore) et 3) la répartition en % des marques de sacs portés par les finishers en moins de 24h où Nathan rejoint Ultimate Direction.

Et la nutrition ?

Une nouvelle question a été posée cette année. Elle concerne les régimes alimentaires. Est-ce que les coureurs suivent un régime alimentaire particulier…ou pas ?

Les photos suivantes montrent 1) les réponses à la question « suivez-vous un régime alimentaire particulier ? », 2) les vainqueurs femmes et hommes depuis 1990 et 3) les records chronométriques de la course en fonction des groupes d’âge et du sexe.

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